Une enfance à Saint Tronc 3 – Le terrain de foot de Castelroc haut – 1978

Photo – Le bassin d’irrigation – 1976 – a l’emplacement actuel des immeubles du Val des Bois

UNE ENFANCE A SAINT TRONC – MARSEILLE

Période 1975 / 86

PROLOGUE

Il est temps pour moi désormais de raconter, j’ai souvent pensé que les événements vécus dans ma jeunesse ne comportaient aucune originalité particulière et ne méritaient aucune attention.

Le temps passant, les événements se succédant , je mesure a l’aune de la maturité, de la rareté du bonheur que l’on a eu à grandir dans les collines de Saint Tronc.

 Je suis à présent le témoin d’une époque révolue et seuls peuvent en raviver la mémoire.

Je ne peux m’epêcher de penser à Marcel Pagnol, j’ai découvert son oeuvre à l’âge de 13h, il m’a donné le goût de la lecture et de l’écriture .

Comme le disait le comédien Philippe caubère : Tous les Marseillais ont eu deux enfances, la leurs et celle de Marcel Pagnol et elle se confondent parfois

Je l’avoue j’ai une tendresse particulière pour le passé, j’ai la tendance névrotique certainement à la sacralisation de l’enfance. J’ai toujours su qu’il me faudrait un jour raconter . Le moment est venu

INTRODUCTION

Nous abordons à présent un nouveau triptyque autobiographique. Celui-ci sera composé de trois parties ;

Je ne pourrai pas adopter ici la posture neutre et détachée d’un historien car il s’agit de mon enfance et d’un témoignage subjectif largement guidé par une reconstitution à posteriori de mes souvenirs.

Je n’ai aucun document pour étayer mes propos. Je suivrais uniquement mon émotion, ma nostalgie et ma mémoire. 

Et si j’ai la prétention de vous servir de ciceron, c’est que je ne me résous pas à laisser se perdre ces moments magiques que nous sommes si nombreux à avoir partagés et qui ont déterminés nos vies et nos parcours.

La colline

Les mettre par écrit me permet d’honorer ce passé et de les faire entrer dans l’histoire. Même si ceux-ci ont été vécus il y a presque 50 ans, leur souvenir survit en moi d’une façon si vive qu’il me suffira de les observer et de vous les restituer.

Chapitre 1

Le stade de Castelroc

Bien que n’habitant plus Marseille, il m’est donné assez souvent la chance de pouvoir balader aux alentours de la résidence Castelroc.

Mes pas invariablement me ramènent vers le stade de Castelroc où j’ai vécu mes plus belles années d’enfance et d’adolescence. 

Il serait impossible aux générations actuelles d’imaginer quelle a pu être l’activité et le rayonnement dans le quartier de ce petit brin de terre au centre de tous nos jeux. 

L’entrée du stade

C’était l’époque des Bleus de Platini et nous n’avions d’autres ambitions que de fouler la pelouse du Parc des Princes et d’endosser le maillot d’une éternelle gloire. 

Saint-Tronc était à l’époque un quartier de campagne assez éloigné du centre-ville et nous ne ressentions de toute façon pas le besoin de nous éloigner de la gangue protectrice que constituait notre quartier. Toutes les activités scolaires, sportives ou culturelles se faisaient dans un périmètre immédiat de notre domicile.

Le stade 2003 – L’on peut encore l’on peut y voir les agrés en bois installés en 1984 et les cages de foot installées très certainement dans les années 60

Revenons au stade Castelroc. Il semble que sa destination sportive remonte aux années 50, à l’initiative des abbés du Centre Fouque qui voyaient dans le sport une des vertues essentielles de l’éducation. À l’époque, le stade s’étendait sur toute la longueur et des cages en fer bordaient les deux extrémités du terrain. 

C’est dans cet état que je le découvris la première fois le 18 octobre 1975. J’avais vécu les premières années de ma vie au parc Dromel dans un univers bruyant et sans arbres. Mes parents étaient bien décidé à nous offrir un environnement plus épanouissant et plus sécure, loin des automobiles et de la pollution. 

Saint-Tronc devînt notre nouvelle adresse et ce fut magnifique. La lumière, les arbres, les odeurs de chlorophylle, l’humidité qui tombe, le mystère de la colline, le silence, la pénombre et la nuit, l’absence de bruit, tout était nouveau pour moi.

Ce n’est bien sûr qu’à l’âge d’homme que je compris la force et la violence du choc esthétique que j’avais reçu.

Le stade – 2021- Plus rien ne subdiste de l’ancien terrain, des cages et des agrés de gym en bois.

Magnifique espace de libert uné pour le gamin que j’étais. Je ressentis immédiatement un inexplicable attrait pour ce petit morceau de terre au pied de la colline de Sainte-Croix.

Constitué de terre et de gravier, le stade était ponctué par endroit de larges étendues d’herbes qui rendaient toutes parties incertaines. Peu importe, le décor était planté. La lumière et la liberté entraient dans nos vies et l’horizon s’élargissait.

Le stade de trouvait et se trouve toujours derrière les immeubles de Castelroc. Celui-ci n’appartenait nullement à la résidence Castelroc mais enfants, nous considérions qu’il était notre propriété. La résidence la Marguerite avait son terrain, nous avions le nôtre. Ce stade représentait donc un enjeu géopolitique majeur sur lequel nous veillions jalousement. Ainsi, quand une bande d’enfants montait jouer sur notre stade depuis Castelroc bas, la résidence du lycée ou Sainte Croix nous considérions cette intrusion comme un affront. 

L’ancien stade

Il serait Impossible pour les générations actuelles de comprendre le nombre d’enfants qui, à l’époque gravitaient dans le quartier. C’était la génération baby-boom, nous étions des centaines à partager ces espaces.

Les temps étaient bénis et nous cohabitations sans problèmes. 

Le stade de Castelroc était donc le point de ralliement des garçons entre 6 et 12 ans dans les années 75-80. Celui-ci présentait l’énorme avantage d’une surface quasi réglementaire et deux cages de foot qui nous donnaient l’impression de jouer sur un stade homologué. 

L’époque n’était pas au repli sur soi et nous vivions tous majoritairement à l’extérieur hiver comme été. Nous étions parfois si nombreux que nous devions pour partager le stade, organiser des tournois où chaque équipe était composée de six personnes. 

Les mercredi était particulièrement animés, il n’était pas rare aux beaux jours que le stade soit occupé de 13h à 20h le soir. 

L’èté, le stade retrouvait une certaine quiétude. Pendant les grosses chaleurs, seules les cigales nichant dans la pinède sortaient quelque peu le terrain de sa torpeur estivale. 

L’animation et la surpopulation du stade atteignirent leur maximum au début des années 78 lorsque le tout jeune club de Saint-Tronc, alors en manque de terrain d’entraînement, faisait jouer ses troupes le mercredi soir à partir de 17h. Celai ne manquait d’ailleurs pas de générer certaines tensions diplomatiques avec les gamins qui n’appartenaient pas au club. 

Au printemps, au moment où les jours rallongaient, une quinzaine d’adultes venus des alentours occupaient le stade. J’adorais pour ma part me joindre à eux et je ressentais une certaine sensation de fierté quand ils m’invitaient à jouer avec eux. 

Rétroactivement je revois ces instants avec un bonheur absolu. C’était le temps des bonheurs simples. 

Je me souviens alors que j’étais en classe de 5eme en soutien de maths au collège Vallon de Toulouse, assommé par l’ennui, je comptais les secondes qui me séparaient encore de la libération de 18h. La seule perspecrive d’aller rejoindre mon cher stade emplissait mon âme d’un bonheur que j’aurais du mal encore à décrire aujourd’hui.  

A Partir de 1986, le stade devenu trop vétuste et peu adapté à la demande, la Mairie décida de le réhabiliter, de le mettre aux normes et ainsi l’aménager au mieux. À l’initiative de l’adjoint au sport de l’époque, le stade allait connaître une seconde jeunesse, le terrain fut damé recouvert de sable, les poteaux ornés de filets. Une nouvelle ère allait s’ouvrir. 

Notre stade allait attirer de plus en plus de monde. Seul espace de foot disponible à l’époque où l’on ne pouvait pas comme c’est le cas aujourd’hui louer un terrain pour 1h

Au printemps, au moment où les jours rallongaient, une quinzaine d’adultes venus des alentours occupaient le stade. J’adorais pour ma part me joindre à eux et je ressentais une certaine sensation de fierté quand ils m’invitaient à jouer avec eux. 

Rétroactivement je revois ces instants avec un bonheur absolu. C’était le temps des bonheurs simples 

De nos jours, les cris d’enfants ne resonnent plus, celui-ci ne sert plus que de terrain de boules, des arbres ont poussé au milieu et dans quelques années il sera totalement invisible comme aspiré par la végétation qui l’engloutit peu à peu.

C’est la fin d’une époque qui meurt sous mes yeux. Je ne le déplore pas, je ne le regrette pas, je le constate seulement, c’est ainsi. 

Seuls nos souvenirs le feront exister à nouveau. Ce lieu a magnifiquement bercé notre enfance et je tenais à vous le raconter.

Tél est le paradoxe. Si les lieux sont identiques, plus rien ne subsiste de cette époque. Les lieux de mon enfance m’ont échappé, comme m’a échappé mon enfance. J’en retire une éternelle nostalgie que seule une certaine poésie peut apaiser.

Le temps ne répare passer jamais la perte de l’enfance, bien au contraire il la réactualise sans cesse. Et la mémoire est donnée au poète pour la sublimer.

Par Rémy AlacchiTous droits réservés – Janvier 2022

Residence Castelroc

2

CSCS Saint Tronc Le club de foot de notre enfance (1978/1990 )

C’est en 1978, qu’un petit groupe de bénévoles décidèrent sous la présidence de M. Tiran de créer sur le quartier une association qui permettrait à chacun  » de pratiquer son sport favori au moindre cout  » Ce slogan en forme de profession de foi annonçait l’ambition et l’enthousiasme des dirigeants. Leur initiative était d’autant plus louable, qu’ils avaient entrepris d’occuper les jeunes, qui dans ces années 1978-80 étaient très nombreux. J’en parle d’autant plus facilement que j’en faisais parti. Nous étions des centaines, certains de La Marguerite, d’autres des Grands Pins, de Castelroc ou des Jardins de Flore.

Nous jouions à l’époque sur le petit terrain devant la Marguerite. Je me souviens de ces hordes de gamins, issus du  » baby-boom  » que nous étions. Nous vivions quasiment comme à la campagne et les tournois de foot amateurs que nous organisions rythmaient nos mercredi après-midi et nos samedi.

C’était l’époque où l’on pouvait encore apercevoir des vaches qui paissaient devant la B-Fouque. Saint Tronc n’était encore qu’un village accroché à la roche blanche de  » Sainte Croix  » et nous nous enivrions des douceurs de cette liberté que permettaient les collines environnantes

rythmaient nos mercredi après-midi et nos samedi.

C’est donc dans l’allégresse générale que, nous « les enfants de saint Tronc  » avions salués la naissance de ce club, qui allait nous permettre de nous exprimer, de briller et peut être de devenir célèbre. La tâche pourtant s’annonçait rude et les dirigeants savaient qu’il serait difficile de concurrencer des clubs mieux implantés comme » Vivaux Marronniers, Sainte-marguerite ou Mazargues. Mais qu’importaient les difficultés à venir, la passion était là et le club était né.

A l’époque, les dirigeants du club ne possédaient que peu de moyens et ce n’est qu’armé de leur seul amour du sport qu’ils commencèrent à lancer les campagnes de recrutement, à négocier l’obtention de locaux et d’un stade d’entraînement avec la Ville. Les débuts se firent comme prévu dans la douleur, nous jouions nos matchs à saint Loup, tandis que les entraînements avaient lieu sur le terrain de Castelroc Haut.

Peu à peu, les choses s’organisaient et déjà pour la saison 1978-79, huit équipes étaient engagées sous les couleurs du club. Je suis sur que beaucoup sur le quartier se souviennent du petit box derrière le  » SODIM  » qui nous servait de quartier général.

Nous y avions rendez–vous avant chaque match, les parents nous accompagnaient sur les divers stades où devaient se dérouler les rencontres. C’est pour ma part, ainsi que j’ai commencé à découvrir Marseille.

Il y avait aussi les lotos, les sorties, les soirées que le club organisaient le club, nous étions fiers d’appartenir à cette famille sportive.

C’est donc tout naturellement que nous avions développé un solide sentiment d’identité et d’appartenance et c’est avec la rage et l’orgueil de nos 10 ans que nous défendions chaque dimanche l’honneur de notre quartier. Sans avoir de prétentions démesurées, le club dont l’évolution resta modeste malgré les années, nous permit de nous épanouir et de ne jamais perdre de vue que l’essentiel était dans l’amitié, la solidarité le plaisir de l’effort et le dépassement de soi.

Je garde encore à l’age adulte les traces des enseignements de nos entraîneurs qui sans cesse prônaient le respect de l’autre.

A insouciante jeunesse dont je garde encore de merveilleux souvenirs, je souhaite aux générations suivantes de ressentir autant de joie que nous en avions à l’époque.
Je ne peux clore ce fragment de l’histoire de notre quartier sans saluer les nombreux bénévoles, qui sans être à l’origine de la création du club bénévole se sont en effet succédés pour assurer la pérennité de la structure associative et sportive : citons Mrs Louisor, Gysler, Campo, Monaco, Giuliano, Galiano, Bonsignori, Ferraro, Alacchi (et j’en oublie sûrement) qui se sont dépensés sans compter, pendant des années pour que demeure sur le quartier une structure associative et sportive

A suivre 

Le terrain de la Marguerite

  • L’installation des poteaux avec les filets
  • Laurent Rousset à l’entraînement – 1976
  • L’aventure du club de foot CSCS Saint-Tronc 
  • Hommage au Président du club Monsieur Tiran
  • Le tournoi inter – quartier 1978 
  • La fin d’une époque 1987

Par Rémy Alacchi

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.