LES ENFANTS DE LA COLLINE – PREMIERE EPOQUE

LES ENFANTS DE LA COLLINE

L’enfance est une lumière qui guide mes pas d’adulte ….

Rémy Alacchi 

A mes parents

A mon épouse adorée 

A mes deux filles, Héloïse et Sybille 

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Période 1975 / 86

PROLOGUE

Le temps passe et il m’échappe, il me glisse entre les doigts.

Les événements se succédant, je mesure à l’aune de la maturité, la rareté du bonheur de l’enfance. 

L’enfance, une période très courte en vérité mais qui s’étire dans le temps et qui demeure en chacun de nous. 

Il est temps pour moi désormais de raconter, j’ai souvent pensé que les événements vécus dans ma jeunesse ne comportaient aucune originalité particulière et ne méritaient aucune attention. Pourtant, je suis à présent le témoin d’une époque révolue et seuls les mots peuvent en raviver la mémoire.

J’ai toujours su qu’il me faudrait à un moment de ma vie prendre le temps de se retourner pour raconter.

A présent, que s’offre à moi cette opportunité, je ne peux m’empêcher de penser à Marcel Pagnol. J’ai découvert son oeuvre à l’âge de treize ans et s’il m’a donné le goût de la lecture et de l’écriture, il m’a fait un cadeau plus grand encore : celui du plaisir de raconter 

Comme le disait le comédien Philippe Caubère : Tous les Marseillais ont eu deux enfances, la leur et celle de Marcel Pagnol, et elles se confondent parfois.

Si je suis à présent un homme heureux je le dois autant à ma très chère épouse et à mes deux adorables filles qu’à la magnifique période passée dans les collines de Saint Tronc à Marseille.

Bonheurs simples de l’enfance où l’on avait rien et où l’on avait tout. 

Mes parents avaient eu l’intuition géniale de nous faire sortir du centre-ville pour nous proposer un cadre naturel et protègé.

Le destin nous avait posé au pied de la colline Sainte Croix, Gaïa de calcaire blanc qui impose sa masse et qui dicte sa loi aux autres divinités de la nature.

Ce décor simple, massif, évident qui subjuge l’âme m’a comme éclairé de l’intérieur. Seule une certaine poésie me permet aujourd’hui d’en décoder l’intensité. 

J’ai aimé passionnément ce coin de garrigue, hostile les jours de Mistral, écrasé de chaleur en été. Je l’ai aimé autant que je peux le ressentir et le partager.

Enfant, l’on me disait rêveur, émotif. Je détestais en moi cette sensibilité, elle m’éloignait parfois des autres et me forçait à une certaine solitude.. Elle est pourtant à présent la veine qui irrigue mes souvenirs, magnifie et sacralise ces moments de l’enfance.

Le moment du partage est venu

INTRODUCTION

Je ne pourrai pas adopter ici la posture neutre et détachée d’un historien car il s’agit de mon enfance et d’un témoignage subjectif largement guidé par une reconstitution à posteriori de mes souvenirs. Je n’ai en outre aucun document pour étayer mes propos. Je suivrais uniquement mon émotion, ma nostalgie et ma mémoire. 

Si j’ai la prétention de vous servir de ciceron, c’est que je ne me résous pas à laisser se perdre ces moments magiques que nous sommes si nombreux à avoir partagés et qui ont déterminés nos vies et nos parcours.

Les mettre par écrit me permet d’honorer ce passé et de les faire entrer dans l’histoire. Même si ceux-ci ont été vécus il y a presque 50 ans, leur souvenir survit en moi d’une façon si vive qu’il me suffira de les observer dans mon esprit et de vous les restituer.

Chapitre 1

LE STADE DE CASTELROC

Bien que n’habitant plus Marseille, mon activité professionnelle me conduit assez souvent sur les traces de mon enfance. Il m’est donné assez souvent la chance de pouvoir balader aux alentours de Saint Tronc. 

Mes pas invariablement me ramènent vers le stade de Castelroc où j’ai vécu mes plus belles années d’enfance et d’adolescence. 

Il serait impossible aux générations actuelles d’imaginer quelle a pu être l’activité et le rayonnement dans le quartier de ce petit brin de terre au centre de tous nos jeux.

C’était l’époque des Bleus de Platini et nous n’avions d’autres ambitions que de fouler la pelouse du Parc des Princes et d’endosser le maillot d’une éternelle gloire. 

Saint-Tronc était à l’époque un quartier de campagne assez éloigné du centre-ville et nous ne ressentions de toute façon pas le besoin de nous éloigner de la gangue protectrice que constituait notre quartier. Toutes les activités scolaires, sportives ou culturelles se faisaient dans un périmètre immédiat de notre domicile.

Revenons au stade Castelroc. Il semble que sa destination sportive remonte aux années 1950, à l’initiative des abbés du Centre Fouque qui voyaient dans le sport une des vertus essentielles de l’éducation. À l’époque, le stade s’étendait sur toute la longueur de la parcelle actuelle et des cages en fer bordaient les deux extrémités du terrain. 

C’est dans cet état que je le découvris la première fois le 18 octobre 1975. J’avais vécu les premières années de ma vie au parc Dromel dans un univers bruyant et sans arbres. Mes parents étaient bien décidé à nous offrir un environnement plus épanouissant et plus sécure, loin des automobiles et de la pollution. 

Saint-Tronc devînt notre nouvelle adresse et ce fut magnifique. La lumière, les arbres, les odeurs de chlorophylle, l’humidité qui tombe, le mystère de la colline, le silence, la pénombre et la nuit, l’absence de bruit, tout était nouveau pour moi.

La colline de Sainte Croix majestueuse, figure tutélaire, maternelle et féminine veillait au dessus de nos têtes.  La nuit était inquiétante, un désert d’obscurité s’étendait au sud comme une césure entre la nature et la ville. La barrière de calcaire était là, imperturbable et insensible à la folie des hommes. Ce n’est bien sûr qu’à l’âge d’homme que je compris la force et la violence du choc esthétique que j’avais reçu.

Magnifique espace de liberté pour le gamin que j’étais, je ressentis immédiatement un inexplicable attrait pour ce petit morceau de terre au pied de la colline de Sainte-Croix.

Constitué de terre et de gravier, le stade était ponctué par endroit de larges étendues d’herbes qui rendaient toutes parties incertaines. Peu importe, le décor était planté. La lumière et la liberté entraient dans nos vies et l’horizon s’élargissait.

Le stade se trouvait et se trouve toujours derrière les immeubles de Castelroc. Celui-ci n’appartenait nullement à la résidence Castelroc mais, nous considérions qu’il était notre propriété. La résidence la Marguerite avait son terrain, nous avions le nôtre. Ce stade représentait donc un enjeu géopolitique majeur sur lequel nous veillions jalousement. Ainsi, quand une bande d’enfants montait jouer sur notre stade depuis Castelroc bas, la résidence du lycée ou Sainte Croix nous considérions cette intrusion comme un affront. Ces petites dissensions identitaires de défense du territoire bien légitimes n’entraîneront jamais de violence. Et alors que nous rejouions la guerre des boutons, nous consolidions jours après jours notre sentiment d’appartenance . Nous étions les enfants de la colline .

Il serait Impossible pour les générations actuelles de comprendre le nombre d’enfants qui, à l’époque gravitaient dans le quartier. C’était la génération baby-boom, nous étions des centaines à partager ces espaces.

Les temps étaient bénis et nous cohabitations sans problèmes. 

Le stade de Castelroc était donc le point de ralliement des garçons entre 6 et 12 ans dans les années 75-80. Celui-ci présentait l’énorme avantage d’une surface quasi réglementaire et deux cages de foot qui nous donnaient l’impression de jouer sur un stade homologué. 

L’époque n’était pas au repli sur soi et nous vivions tous majoritairement à l’extérieur hiver comme été. Nous étions parfois si nombreux que nous devions pour partager le stade, organiser des tournois où chaque équipe était composée de six personnes. 

Les mercredi était particulièrement animés, il n’était pas rare aux beaux jours que le stade soit occupé de 13h à 20h le soir. 

L’èté, le stade retrouvait une certaine quiétude. Pendant les grosses chaleurs, seules les cigales nichant dans la pinède sortaient quelque peu le terrain de sa torpeur estivale. 

L’animation et la surpopulation du stade atteignirent leur maximum au début des années 78 lorsque le tout jeune club de Saint-Tronc, alors en manque de terrain d’entraînement, y faisait jouer ses troupes le mercredi soir à partir de 17h. Cela ne manquait d’ailleurs pas de générer certaines tensions diplomatiques avec les gamins qui n’appartenaient pas au club. 

Je me souviens alors que j’étais en classe de 5eme en soutien de maths au collège Vallon de Toulouse, assommé par l’ennui, je comptais les secondes qui me séparaient encore de la libération de 18h. La seule perspecrive d’aller rejoindre mon cher stade emplissait mon âme d’un bonheur que j’aurais du mal encore à décrire aujourd’hui. 

A Partir de 1986, le stade devenu trop vétuste et peu adapté à la demande, la Mairie de Marseille décida de le réhabiliter, de le mettre aux normes et ainsi l’aménager au mieux. Travaux inespérés à l’initiative de l’adjoint au sport de l’époque, Monsieur René Olmetta, veritable demi dieu pour les gamins que nous étions.

Le stade allait connaître une seconde jeunesse, le terrain fut damé recouvert de sable, les poteaux ornés de filets. Une nouvelle ère allait s’ouvrir. 

Notre stade allait attirer de plus en plus de monde. Seul espace de foot disponible à l’époque où l’on ne pouvait pas comme c’est le cas aujourd’hui louer un terrain pour 1h

Au printemps, au moment où les jours rallongaient, une quinzaine d’adultes venus des alentours occupaient le stade. J’adorais pour ma part me joindre à eux et je ressentais une certaine sensation de fierté quand ils m’invitaient à jouer avec eux. Rétroactivement, je revois ces instants avec un bonheur absolu. C’était le temps des bonheurs simples.

Ainsi va la vie et nos jeux d’enfant dans les collines un jour cessèrent.

De nos jours, les cris d’enfants ne résonnent plus sur ce stade, celui-ci ne sert plus que de terrain de boules, des arbres ont poussé au milieu et dans quelques années il sera totalement invisible comme aspiré par la végétation qui l’engloutit peu à peu.

C’est la fin d’une époque qui meurt sous mes yeux. Je ne le déplore pas, je ne le regrette pas, je le constate seulement, c’est ainsi. 

Seuls nos souvenirs le feront exister à nouveau. Ce lieu a magnifiquement bercé notre enfance et je tenais à vous le raconter.

Tél est le paradoxe. Si les lieux sont identiques, plus rien ne subsiste de cette époque. Les lieux de mon enfance m’ont échappé, comme m’a échappé mon enfance. J’en retire une éternelle nostalgie que seule une certaine poésie peut apaiser.

Le temps ne répare jamais la perte de l’enfance, bien au contraire il la réactualise sans cesse. Et la mémoire est donnée au poète pour la sublimer.

CHAPITRE 2

L’école Castelroc – 1977/79

Septembre 1977

L’ÉCOLE CASTELROC

Le quartier d’alors présentait avec l’époque actuelle quelques différences notables.

L’Itinéraire que nous empruntions pour nous rendre à l’école pourrait aujourd’hui étonner.

En 1977 , les résidences n’étaient pas clôturées, nul besoin de suivre la route pour arriver devant la grille de l’établissement scolaire . Le plateau sportif de l’école n’existait pas encore et nous pouvions prendre une diagonale parfaite depuis le canal devant le Bertagne vers l’entrée de l’ecole.

Malgré cette proximité relative, les retards n’étaient que peu accepté par les  » autorités  »  et Mr Simon, cerbère bienveillant veilla pendant trente ans à ce que l’ordre républicain demeure et perdure.

Je me souviens d’ailleurs qu’une interprétation personnelle de l’horaire m’avait valu une convocation dans le bureau du directeur, Monsieur Rufin. La sanction fut terrible: : un blâme et un mot à faire signer aux parents, je n’ai jamais oublié cet instant .

Je n’avais à l’époque que peu de goût pour l’étude et le chemin qui devait me mener vers l’entrée de l’école s’allongeait de jours en jours. Sans doute essaie-je – de retarder le plus possible mon contact journalier avec la matière scolaire.

J’avais passé mon année de Ce2 au sein de l’école privée catholique de la petite Oeuvre sur le Prado. La transition s’avérait complexe tant les contrastes sociologiques étaient grands. Cette année de CM1 s’annonçait anxiogène, je ne connaissais personne. Les élèves se côtoyaient depuis 3 ans; j’allais devoir jouer des coudes pour m’imposer.

Les instituteurs et les institutrices de l’époque étaient tout dévoués à leurs tâches. Madame Cassan, Cabrera, Cenatiempo, Canale, Papadji. Leurs noms résonnent encore dans ma tête car nous ressentions envers ces gardiennes du savoir un sentiment mêlé de crainte et d’admiration.

J’entrai pour ma part dans la classe de Madame Lari qui fut remplacée un temps par Monsieur Treillet.

J’ai conservé le souvenir très net de l’organisation de la classe et de ma place ; à droite au premier rang près de la porte. L’institutrice, pour me responsabiliser, m’avait chargé de réguler le flux des entrées et les sorties. Je m’acquittais de ma tâche avec un zèle certain espérant certainement que cela influe positivement sur mes notes mais il n’en fut rien. Je dois bien reconnaître que je n’étais pas un élève très appliqué.

En milieu d’année notre institutrice Madame Lari s’était attelée à nous enseigner l’art de la couture. Peu Intéressé par cette activité, je résistais le plus possible . Cela me valut, une sévère remontrance de notre institutrice  et une nouvelle visite chez le directeur, Monsieur Rufin. Ce fut la dernière. C’est certainement à cette époque que j’appris à respecter l’autorité

Les dictées avaient lieu le lundi matin, je n’y excellais, guère. Il faut dire que je n’avais pas encore découvert le plaisir de la lecture, je me suis bien rattrapé depuis.

J’étais en ce temps – là plus à l’aise à l’oral et je manifestais un réel intérêt pour les débats citoyens sur les grands sujets de société initiés par Madame Lari . Je me souviens d’un matin durant lequel, nous avions débattu de l’utilité pour les médecins d’annoncer les mauvaises nouvelles aux patients.

Rien de mon actuelle et insatiable curiosité ne s’était encore manifesté à l’époque. Peu enclin à l’étude, nous étions bien plus préoccupés à suivre à la télé, les aventures du film Tarzan qui passait le mardi soir à la dernière séance, d’Eddy Michell.

Pour mon plus grand malheur, mon institutrice habitait le même immeuble que mes parents. Témoin bien involontaire, celle- ci ne ratait rien le mercredi après-midi de mes divagations sonores et mes tentatives d’imitation de Johnny Weismuller. 

Le lendemain, devant une classe hilare, notre chère institutrice ne manquait pas dans un sourire ironique de me rappeler que mes jeux extérieurs du mercredi après-midi ne me permettraient pas d’améliorer ma moyenne

La cour de récréation de l’époque était  minimaliste, pas de cages de baskets ni de foot. Pendant les intercours, nous mettions des vêtements au sol pour figurer les poteaux et nous improvisions des parties avec une balle de tennis.

Comme je le disais plus haut,  le plateau sportif n’avait pas encore été construit et l’école jouxtait encore une forêt de chênes et de feuillus qui s’allongeait en suivant le canal jusqu’aux champs de la Marguerite. 

Mes jeux d’enfants me conduisaient souvent le mercredi vers les Grands Pins à l’emplacement actuel de la Résidence éponyme. L’endroit était à l’époque sensiblement différent et bien moins urbanisé qu’aujourd’hui. Le quartier sortait à peine de son passé agricole, de nombreux terrains vagues ceinturaient les immeubles.

Les légendes locales racontaient que nombres de fermes avaient existé à cet endroit. J’avais du mal à y croire du haut de mes huit ans et je ne percevais pas encore les mutations urbanistiques profondes qu’avait connu Marseille en quelques années . C’est à cette époque que commença à germer en moi cette passion pour l’histoire qui occupe encore aujourd’hui une grande partie de ma vie intellectuelle. C’était un temps où nous pouvions encore distinguer les saisons. Aussi alors que l’hiver tombait sur Saint Tronc, nous apercevions nettement depuis nos fenêtres, les champs environnants couverts d’un duvet de givre, que je prenais alors pour de la neige. La Nature régnait encore sur la vie des hommes. Nous pouvions la sentir, la ressentir

L’odeur de la terre, l’humidité de la végétation  l’humus, la chlorophylle. Tout cela nous sautait aux narines le matin quand nous partions en classe.

Rien de ce que nous pouvons voir aujourd’hui ne ressemble à ce que avions découvert jadis.

La rue Pierre Doize devant le Lycée Perrin s’appelait encore à l’époque chemin de St Tronc à Saint Loup. Elle ne devait avoir que trois mètres de large, était bordée de murs de pierre, jadis délimitations des propriétés agricoles. 

Les jours de pluie était particulièrement épiques car la voirie n’avait pas suivi le rythme effréné des urbanisation des années 70.

Ainsi, j’ai le souvenir net de fréquentes ornières devant l’actuel Gifi. Le rond-point Castelroc n’existait pas et l’accès aux résidences et à l’école se faisait par l’intérieur des Roches. 

Abondamment irrigué par les passages incessants des véhicules, la crise du petit commerce n’existait pas encore. Cela  permettait au boulanger, au poissonnier Pardini, au papetier Azan de régner sans partage sur l’économie locale. L’apparition de Sodim (actuel Aldi) en 77/78., de Point 5 en 1979 a Saint Loup et de Super M en 1983 rebattra grandement la donne

En 1977, le chemin d’asphalte entre les Roches et Sainte Croix qui conduit aujourd’hui à Castelroc n’existait pas. La desserte actuelle ne verra le jour que dans les années 80. À cet emplacement s’étendait alors à l’époque, un vaste champ marécageux très souvent gelé les matins d’hiver.

Chapitre 4

LA VIE DE QUARTIER

En cours

CHAPITRE 5

 LE RAQUETTE CLUB 

Introduction

A partir des années 1995, une grande nostalgie de l’enfance s’empara de moi et je me mis en tête de retrouver les traces du passé, les visages, les sensations, les repères. Je décidais alors de passer à l’action et de médiatiser mon initiative.

Internet n’existait pas encore, j’eus alors recours au seul médias de masse à ma disposition, les quotidiens Marseillais. Autres temps, autres mœurs, un journaliste me fit la grâce d’un petit article avec photo dans le Méridional, journal aujourd’hui disparu. L’article faisait part de mon souhait d’organiser une rencontre des anciens de St Tronc ainsi que de mon souhait de réunir les participants éventuels au Raquette club, un des lieux – phare de mon enfance à Saint-Tronc.

Ce fût un échec retentissant, je n’eus quasiment aucun retour de cette brillante initiative. Aucune de mes connaissances, ni amis d’enfance ne s’étant manifesté, je dus renoncer. Le projet tomba à l’eau et dans l’oubli.

Presque dix ans plus tard, cette idée tenace refit surface et je décidais cette fois-ci d’utiliser les nouvelles technologies. Internet faisait à présent partie de notre quotidien et je lançai sur une page web un nouvel avis de recherche. 

Le succès cette fois-ci fût immédiat. 

Anciens professeurs et collégiens du vallon de Toulouse, anciens élèves de l’école Castel Roc, beaucoup s’étaient manifestés. Tout était prêt, je fixais la date des retrouvailles au 18 juin 2006 à 21 h.

Comme le sportif concentré avant un match, c’est légèrement fébrile et un peu inquiet que j’arrivais ce soir là seul, pour préparer la rencontre. 

Alors que j’achevais de donner les quelques directives aux restaurateurs qui assuraient l’organisation de la soirée, je ressentis un violent besoin de m’isoler, je fit un tour dans le bâtiment et alors que je déambulais dans les pièces en enfilade, un élément particulier attira mon regard. Face à l’entrée vitrée sur le mur à gauche existait encore un panneau qui m’apparut très ancien.

Derrière une vitre sans âge, un panneau de bois affichait encore des vignettes bristol avec photos numéro d’adhérent au club de tennis de l’année 1982. 

Je ne sais comment ce vestige semblant sorti d’un cataclysme avait survécu après tant d’années, ni pourquoi il était resté figé sur l’année 1982.

Il était là devant moi, inerte et magnifique à la fois. 

A vrai dire. Je connaissais ce tableau plutôt je le reconnaissais. C’était celui des abonnés, du club de tennis tenu à l’époque par Monsieur intagliata.

Enfant , j’avais longtemps caressé le souhait de jouer au  » Raquette  » mais les droits d’entrées étaient bien au-delà des moyens possible pour mes parents à l’époque.

fasciné j’observais de l’extérieur, les membres du club de l’époque m’apparaissait comme des  demis – dieux que j’admirais secrètement et auquels je souhaitais ressembler.

Opiniâtre et déterminé j’allais pendant des années harceler mes parents pour qu’il m’inscrive au Raquette club . Las certainement de mon insistance,  ils accedererent à ma demande en 1982. J’obtins donc le précieux sésame la même année. Une fiche de Bristol attesta de mon appartenance au cénacle. Cette fiche de Bristol de 1982, je l’avais à présent sous les yeux 24 ans après.

Je la vis en début de liste, à la lettre A . Une simple fiche Le Bristol avec mon nom mon prénom et ma photo d’adolescent et qui avait suscité en moi tant de fierté. 

Organisées par ordre alphabétique, ces fiches d’identités jaunis et gondolées par le temps , témoins uniques d’un passé à jamais révolu me sautèrent au visage. 

Hormis les gérants, j’étais seul ce soir-là dans le raquette club, personne, pas un bruit, juste quelques oiseaux à l’extérieur, un silence absolu. 

Comment cela était-il possible ? Comment cet endroit qui avait rayonné pendant 30 ans, qui avait  reçu le tout Marseille de l’époque, comment était-il possible un soir de juin que je fusse le seul présent dans cet endroit jadis si fréquenté, si animé,  si vivant ?

C’est empreint d’une légère mélancolie que je retournai à l’organisation de ma soirée et alors que j’attendais mes invités,  je me suis souvenu

2 Novembre 1976.

A suivre…

CHAPITRE 4

CSCS Saint Tronc Le club de foot de notre enfance

Q

C’est en 1978, qu’un petit groupe de bénévoles décident sous la présidence de M. Tiran de créer sur le quartier une association qui permettrait à chacun  » de pratiquer son sport favori au moindre cout  » Ce slogan en forme de profession de foi annonçait l’ambition et l’enthousiasme des dirigeants. Leur initiative était d’autant plus louable, qu’ils avaient entrepris d’occuper les jeunes, qui dans ces années 1978-80 étaient très nombreux. J’en parle d’autant plus facilement que j’en faisais parti. Nous étions des centaines, certains de La Marguerite, d’autres des Grands Pins, de Castelroc ou des Jardins de Flore.

Nous jouions à l’époque sur le petit terrain devant la Marguerite. Je me souviens de ces hordes de gamins, issus du  » baby-boom  » que nous étions, nous vivions quasiment comme à la campagne et les tournois de foot amateurs que nous organisions rythmaient nos mercredi après-midi et nos samedi.

C’était l’époque où l’on pouvait encore apercevoir des vaches qui paissaient devant la B-Fouque. Saint tronc n’était encore qu’un village accroché à la roche blanche de  » Sainte croix  » et nous nous enivrions des douceurs de cette liberté que permettaient les collines environnantes.

C’est donc dans l’allégresse générale que, nous « les enfants de saint Tronc  » avions salués la naissance de ce club, qui allait nous permettre de nous exprimer, de briller et peut être de devenir célèbre. La tâche pourtant s’annonçait rude et les dirigeants savaient qu’il serait difficile de concurrencer des clubs mieux implantés comme » Vivaux Marronniers, Sainte-marguerite ou Mazargues. Mais qu’importaient les difficultés à venir, la passion était là et le club était né. A l’époque, les dirigeants du club nepossédaient que peu de moyens et ce n’est qu’armé de leur amour du sport qu’ils commencèrent à lancer les campagnes de recrutement, à négocier l’obtention de locaux et d’un stade d’entraînement avec la Ville. Les débuts se firent comme prévu dans la douleur, nous jouions nos matchs à saint Loup, tandis que les entraînements avaient lieu sur le terrain de Castelroc Haut.

Peu à peu, les choses s’organisaient et déjà pour la saison 1978-79, huit équipes étaient engagées sous les couleurs du club. Je suis sur que beaucoup sur le quartier se souviennent du petit box derrière le  » SODIM  » qui nous servait de quartier général. Nous y avions rendez–vous avant chaque match, les parents nous accompagnaient sur les divers stades où devaient se dérouler les rencontres. C’est pour ma part, ainsi que j’ai commencé à découvrir Marseille.

Il y avait aussi les lotos, les sorties, les soirées que le club organisaient, nous étions fiers d’appartenir à cette famille sportive. C’est donc tout naturellement que nous avions développé un solide sentiment d’identité et d’appartenance et c’est avec la rage et l’orgueil de nos 10 ans que nous défendions chaque dimanche l’honneur de notre quartier. Sans avoir de prétentions démesurées, le club dont l’évolution resta modeste malgré les années, nous permit de nous épanouir et de ne jamais perdre de vue que l’essentiel était dans l’amitié, la solidarité le plaisir de l’effort et le dépassement de soi. Je garde encore à l’age adulte les traces des enseignements de nos entraîneurs qui sans cesse prônaient le respect de l’autre.

insouciante jeunesse dont je garde encore de merveilleux souvenirs, je souhaite aux générations suivantes de ressentir autant de joie que nous en avions à l’époque.

Je ne peux clore ce fragment de l’histoire de notre quartier sans saluer les nombreux bénévoles, qui sans être à l’origine de la création du club bénévole se sont en effet succédés pour assurer la pérennité de la structure associative et sportive : citons Mrs Louisor, Gisssler, Campo, Monaco, Giuliano, Galiano, Bonsignori, Ferraro, Alacchi (et j’en oublie sûrement) qui se sont dépensés sans compter, pendant des années pour que demeure sur le quartier une structure associative et sportive.

CHAPITRE 5 : LA COLLINE

5.1 Un si violent contraste

Nous avions vécu jusqu’à présent à Sainte Marguerite dans un univers de bitume et de béton, sans arbres. La nature occultée ne parvenait pas jusqu’aux enfants que nous étions. Nous n’avions comme horizon que quelques arpents de goudrons sur lequels

nous déambulions à vélo ou à pied. Nous nous aventurions parfois jusqu’au parc Dromel tout proche,  limite définitive de mes aventures. 

Un peu juste néanmoins pour se rêver en Robinson. 

Je ne le savais pas encore mais le parc Dromel était alors le vestige d’une propriété immense ayant appartenu au Sieur Dromel, commerçant aisé philanthrope et nostalgique de l’Empire. Il avait baptisé les allées de sa propriété du prénoms des sœurs de l’empereur (allée Caroline, allée Pauline, allée Élisa) 

Propriété jadis immense qui s’étendait jusqu’au confins de Saint-Loup celle-ci n’était plus que l’ombre d’elle-même en bordure de l’Huveaune. Une allée de platanes fantomatique qui ne conduisait plus nulle part était le seul élément d’un passé aristocratique.

Cette voie de desserte de la bastide jadis majestueuse, même déclassée, ne manquait pas d’impressionner l’enfant que j’étais. Ma grand-mère m’avait raconté qu’elle était un ancien chemin qui montait vers un grand château. J’imaginais alors avec toute la fougue de mon ignorance que l’endroit avait pu être un repère de chevalier au Moyen-Âge. 

L’imagination d’un enfant ne suffisait pas,  l’endroit était clos, triste peu propice à l’épanouissement psychologique d’un enfant. Mes parents prirent une décision radicale nous allions quitter la ville pour rallier la campagne.

Je venais de passer mon premier hiver à Saint-Tronc. Tout y était différent. Le rythme des saisons devenait visible. Les habitants actuels auraient du mal à le croire mais Saint-Tronc était à l’époque un coin de campagne sur lequel on avait posé des immeubles en béton. En Contrebas de castelroc, à l’emplacement du hameau de Saint-Cyr,  une forêt de chênes s’étendait jusqu’au canal. Cette partie de Saint-Tronc avait été autrefois enclose dans la propriété le Val des Pins dont la Bastide se trouvait à l’emplacement actuel du centre B Fouque, le Val des pins . Cette terre largement arrosée par le canal de Marseille était réputée riche et généreuse. Dans les années 75 quand les premiers habitants de castelroc investirent  les lieux, le passé agricole du quartier venait à peine de rendre l’âme et certaines parcelles de terrain, en forme de quadrilatère, s’étendaient depuis le stade de foot jusqu’à la Résidence La Marguerite. De nombreux arbres fruitiers (poiriers, cerisiers, pommiers)  disséminés servirent de décor à la ribambelle de gamins que nous étions alors. 

Mon premier hiver à Saint-Tronc fut féerique car je découvrais la nature, la vraie. Celle  immense et mystérieuse qui incline à l’humilité. 

J’ai très tôt appris à la respecter et à l’aimer.

Certains s’en souviennent encore peut-être,  mais au-dessus du canal qui courait jusqu’aux jardins de flore existait un chemin de pierres polies et incroyablement ajustées. Ce chemin pavé semblait conduire vers la colline. En bordure de cette route pavée nous pouvions dans les années 1985 86 encore apercevoir des chênes immenses qui étrangement semblaient avoir été plantés là pour baliser ce chemin qui apparaissait presque sacré (un de ces chaînes subsiste d’ailleurs de nos jours près du canal, à proximité de la grille du  hameau de Saint-Cyr à l’emplacement  où se trouvait jadis le pont sur le canal)

Très habilement alignés les uns par rapport aux autres, certains de ces chênes étaient anormalement hauts et puissants, donc normalement anciens. Cela était un mystère pour les habitants du quartier car nul ne s’expliquait ni ne savait la période ni la raison pour laquelle ils avaient été plantés là.

Nous savons que les terres de San Tron avaient appartenu depuis le moyen-âge au moines de Saint-Victor qui possédaient là une terre dites de carvillan et sur lequel ils avaient ouvert une voie de procession vers la chapelle au sommet 

Les recherches récentes nous ont permis de comprendre que ce chemin était l’ancien chemin de procession qui conduisait au sommet de la colline Sainte-Croix. Nous n’avons aucune certitude mais ces arbres semblaient avoir été des balises pour les pèlerins à l’assaut de la colline. Nous savons que ce chemin a été déclassé au 17e siècle . 

5.2 La colline 

Je fis cette année-là une rencontre inattendue et exceptionnelle : la colline

Nous habitions à une centaine de mètres des premières aspérités calcaires de Sainte-Croix. Nous pouvions nous y rendre en quelques minutes

La rencontre fut merveilleuse, magistrale. Je n’avais connu jusque-là que des périmètres restreints, bordés de voitures, de pollution et bornées par les interdits parentaux.

Le contraste fut violent. Ce fut une renaissance 

Je découvrirai à présent la lumière, l’infini et la liberté. 

Immense et massif rempart de calcaire face à la mer le mont Sainte-Croix nous appelait à lui.

Je pense avoir vécu suffisamment longtemps pour témoigner aux générations futures que ce lieu n’a pas toujours été ce que l’on en perçoit aujourd’hui. Un vaste domaine forestier composé de pins et de chênes liège s’étendait alors depuis le vallon de Toulouse jusqu’au Trois ponts. 

Refuge d’une faune variée, lièvres, perdreaux, grives peuplaient encore nos collines au tournant des années 2000, ce n’est désormais qu’un lointain souvenir.

Des terribles incendies ont depuis blessé à jamais les contreforts du massif

L’initiation ne tarda pas. Certains enfants arrivés avant moi sur ces contrées hostiles allaient nous enseigner leur science de la colline. 

C’est ainsi qu’un mercredi désormais mémorable d’avril 1976, notre guide Jean Marc,  le scout de la bande nous invita à partager sa découverte. Nous nous aventurâmes au-delà de la ligne de sécurité symbolique.

Nous suivîmes notre fil d’Ariane tel Thésée dans le labyrinthe, un brin fébriles car nous savions que nous étions en terre interdite

Après avoir longer le petit chemin derrière le parking de l’immeuble du Ruissatel, Jean Marc nous conduisit à 30 m de la chaufferie sur un point particulier qui allait décider des années après de mon intérêt pour l’histoire.

Au détour du chemin sous une roche de calcaire, une porte en fer très ancienne rivetée rouillée ouvrait sur un passage sombre et inquiétant.

Il s’agissait de l’entrée du bunker allemand dont j’avais entendu parler dès mon arrivée à Saint-Tronc. Une Légende locale couraient alors sur l’existence d’un souterrain entre Saint-Tronc et pont-de-vivaux. Ultime vestige de l’occupation allemande en 1944 dans le quartier .

Mes parents m’avaient d’ailleurs formellement interdit d’accéder au souterrain mais la curiosité fut trop grande et ce jour-là l’occasion se présenta nous entraîne dans le tunnel .

L’entrée était à l’époque sur le sentier à droite parfaitement accessible aux tous – venants 

Rappel historique

Les troupes allemandes arrivent dans le village de Saint Tronc et des Trois Ponts le 12 Novembre 1942, ils investissent tous les lieux susceptibles de leur fournir un maximum de confort à moindre frais. C’est ainsi qu’ils réquisitionnent le « château des Roches » (Castelroc Haut), les bastides de la Germaine, du Val des Pins (JB Fouque) Canto – perdrix (face à château St loup). Parallèlement, les Allemands démarrent le creusement du tunnel des Roches, véritable ligne Maginot qui fend la colline de Sainte-Croix de part en part entre St Tronc et les 3 Ponts et dont le mérite revient au STO (service du travail obligatoire) que les Allemands ont réquisitionné pour l’occasion. 

Pourquoi les Allemands investissent ce lieu,apparemment sans aucun ressort stratégique ? A cela trois explications. Le quartier est à l’époque essentiellement agricole, les laitiers et les paysans y sont nombreux. <BR>Les Allemands trouvent donc sur place toutes les denrées nécessaires. Par ailleurs, les bastides y sont nombreuses et les officiers peuvent s’installer confortablement. Enfin, les collines de Saint Tronc présentent un double avantage : Elles permettent de surveiller la rade de Marseille à l’Ouest et la route Nationale allant vers Aubagne à l’Est. En 1942, les Allemands craignait déjà un débarquement allié. Du fait de son aspect escarpé, les collines de Saint Tronc permettent donc de voir arriver de loin d’éventuels ennemis. Ce n’est donc pas pour rien si l’envahisseur entame la construction d’un tunnel-abri dans les collines. Pendant l’occupation, le tunnel abri renfermait un véritable arsenal, 800 soldats allemands y étaient parqués et vivaient en autarcie dans cette ville souterraine qui fabriquaient elle – même son électricité, avait sa salle d’opération chirurgicale, ses salles de repos, de réunions, ses douches, ses chambres à coucher et ses kilomètres de galeries sur 3 niveaux. Rapidement, les Allemands établissent leur quartier général dans le quartier. Le château des Roches (Castelroc) servant même de point de résidence aux officiers. C’est dans ce contexte que le quartier Saint Tronc allait vivre des événements extraordinaires

C’est ce fragment d’histoire qui se présenta devant nous ce mercredi d’avril 1976.

Nous y entrâmes comme dans un mausolée,  la legende racontait que des hommes y avait été tués et que certains de leurs cadavres y étaient encore visibles . Le bunker à l’époque était dans un état de conservation remarquable. Les douilles de fusils, encore au sol, les fils électriques étaient encore en place,  les ampoules encore au mur. On va d’ailleurs ce jour-là trouver une grenade dégoupillée ainsi qu’un casque allemand.

La centrale électrique était encore en place ainsi que le mecanisme de ventilation à l’entrée sud côté Beccote.

A peine trente ans s’étaient écoulés depuis la fin de la guerre. La sensation fût glaçante, nous avions l’impression d’un tombeau. 

Ce n’est point tant cette expérience en souterrain qui m’impressionna, ni l’interdit que ce jour-là j’avais outrepassé. Le malaise fût plus grand et je mis des années à comprendre ce qui se passa en moi ce jour-là. Du haut de mes 8 ans, j’avais croisé une part de l’histoire de Marseille, j’avais foulé bien innocemment un lieu de souffrance humaine. Sans aucun respect alors pour ceux qui avaient combattu pour la liberté nous avions rit, joué et dégradé ce lieu. 

Ce souvenir m’a hanté de nombreuses années, l’expérience fut extraordinaire mais j’ai ressenti pendant longtemps une certaine culpabilité et c’est pourquoi j’ai toujours refusé d’y retourner.

Cette épisode fut un événement marquant dans ma vie car de ce jour je n’ai cessé de m’intéresser à l’histoire.

Cela s’est passé un après-midi d’avril 1976,  j’en conserve un souvenir net au point d’entendre encore les éclats de rires amplifiés par l’escalier creusé dans la roche au centre du bunker.

CHAPITRE 6

UNE CAMPAGNE A LA VILLE

Par Remy Alacchi – Tous droits réservés – juin 2022

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