LES ENFANTS DE LA COLLINE – CHAPITRE 8 – L’HÉRITAGE

CHAPITRE 8 – L ‘HERITAGE

Là est l’essentiel : pouvoir se souvenir et raconter ” 

Je ne sais pourquoi les traces mnésiques de mon enfance sont restées aussi vives ? Sans doute ai – je une bonne mémoire,  mais pas seulement. 

J’entretiens avec le passé une relation névrotique tantôt privilégiée et intense, tantôt tyrannique. J’aime le passé et j’aime entretenir une éternelle nostalgie, parfois au risque d’une certaine souffrance.

Souvent il m’arrive de revenir sur les lieux de mon enfance. J’apprécie particulièrement de me promener sur les sentiers d’un passé qui me glisse entre les doigts, je  cultive une sorte de rêverie éveillée qui réactualise ce que je ne me résouds pas a laisser filer dans les limbes de l’oubli. 

Je suis comme ces peintres impressionnistes amoureux de la lumière qui cherchent les sensations de l’âme cachées dans la nature. 

Magnifique enfance que fut la mienne, je ne crois pas pouvoir jamais trouver les mots justes pour la raconter. 

C’était le temps où je m’émerveillais de tout. 

En 1978, le quartier bénéficiait encore de son enveloppe de nature originelle Doté d’une exposition exceptionnelle entre colline blanche et soleil. 

Enfants, nous n’en avions pas conscience mais nous allions grandir dans un écrin vierge propice à la solitude et aux projections de l’imaginaire. 

Mes parents travaillaient beaucoup,  ils nous faisaient confiance et nous avons très tôt la possibilité d’une entière liberté sur un territoire déterminé. 

Nous ne ressentions pas le besoin de désobéir et nous nous sommes, mon frère et moi, toujours maintenus dans une ligne de probité et d’honnêteté. 

Ma grand mère maternelle, qui était d’un autre temps, nous reprimandait quelquefois. Pourtant malgré les turbulences de l’enfance, nous n’avons fait que peu de bêtises 

C’était également l’époque où les cours de catéchisme avait profondément marqué ma personnalité. J’avoue que ces enseignements m’ont structuré et m’ont toujours fait préférer la recherche du bien.

Je m’etonnais souvent de la méchanceté de certains enfants capables sans culpabilité, ni remords d’un absolu sadisme sur des plus faibles. Je m’etonnais en effet de cette inclinaison fréquente à l’indifférence, au manque d’empathie et au désintérêt total pour le malheur d’autrui. Certains toujours prompts aux mots qui blessent et à la déstabilisation ont semé le chaos et la désolation autour d’eux.  Avec le recul , je plains ces gamins plus que je ne les blâme. 

Pour ma part, j’étais loin d’être un saint mais jamais je n’ai ressenti le besoin d’humilier ni d’utiliser la moquerie pour rallier des alliances au détriment d’un bouc émissaire.

Je dois beaucoup à ma mère sur ce point mais il me faut rendre un hommage à mon père, décedé récemment. Pour se faire , il me faire un léger détour intimiste. 

En 1979,  lorsque Daniel Guichard chantait sa célèbre chanson ” Mon vieux ” celle – ci m’avait laissé totalement insensible. Et si je trouvais belle la mélodie, je n’étais pas encore assez mûr pour en saisir le contenu. Pourtant la chanson avait dû me toucher beaucoup plus que je ne pouvais l’avouer, puisque je la connaissais par coeur 

A présent que s’est levé le voile de l’ignorance,  que la vie a frappé de son implacable logique , je ne puis écouter la chanson plus d’une minute sans ressentir une forte émotion

Il faut beaucoup de temps pour devenir un homme et j’ai beaucoup reproché à mon père de ne pas correspondre à ce que pensais qu’il me devait. 

L’héritage reçu est invisible de l’extérieur, il existe en moi comme une voix qui se matérialise dans l’ombre des éléments, dans le le défilé des nuages, dans le souffle du vent et enfin dans la voix de Daniel Guichard dont je comprends aujourd’hui la portée du message .

A sa manière, mon père m’a transmis de façon implicite l’obligation du respect d’autrui et la recherche permanente de la paix .

Sans doute avait – il souffert dans son enfance d’une certaine violence.  Traumatique au point de ne pouvoir y mettre des mots .

Je lui dois une partie de mes aspirations professionnelles. Mes proches connaissent d’ailleurs ma détermination à ce sujet .

A suivre

Rémy Alacchi – Tous droits réservés,