Une enfance à Saint Tronc 1 – L’école Castelroc – 1977/79

Septembre 1977

L’ÉCOLE CASTELROC

Le quartier d’alors présentait avec l’époque actuelle quelques différences notables.

L’Itinéraire que nous empruntions pour nous rendre à l’école pourrait aujourd’hui étonner.

En 1977 , les résidences n’étaient pas clôturées, nul besoin de suivre la route pour arriver devant la grille de l’établissement scolaire . Le plateau sportif de l’école n’existait pas encore et nous pouvions prendre une diagonale parfaite depuis le canal devant le Bertagne vers l’entrée de l’ecole.

Residence Castelroc

Malgré cette proximité relative, les retards n’étaient que peu accepté par les  » autorités  »  et Mr Simon, cerbère bienveillant veilla pendant trente ans à ce que l’ordre républicain demeure et perdure.

Je me souviens d’ailleurs qu’une interprétation personnelle de l’horaire m’avait valu une convocation dans le bureau du directeur, Monsieur Rufin. La sanction fut terrible: : un blâme et un mot à faire signer aux parents, je n’ai jamais oublié cet instant .

Je n’avais à l’époque que peu de goût pour l’étude et le chemin qui devait me mener vers l’entrée de l’école s’allongeait de jours en jours. Sans doute essaie-je – de retarder le plus possible mon contact journalier avec la matière scolaire.

J’avais passé mon année de Ce2 au sein de l’école privée catholique de la petite Oeuvre sur le Prado. La transition s’avérait complexes tant les contrastes étaient grands. Cette année de CM1 s’annonçait anxiogène, je ne connaissais personne. Les élèves se côtoyaient depuis 3 ans; j’allais devoir jouer des coudes pour m’imposer.

Les instituteurs et les institutrices de l’époque étaient tout dévoués à leurs tâches. Madame Cassan, Cabrera, Cenatiempo, Canale, Papadji. Leurs noms résonnent encore dans ma tête car nous ressentions envers ces gardiennes du savoir un sentiment mêlé de crainte et d’admiration.

J’entrai pour ma part dans la classe de Madame Lari qui fut remplacée un temps par Monsieur Treillet.

J’ai conservé le souvenir très net de l’organisation de la classe et de ma place ; àdroite au premier rang près de la porte. L’institutrice, pour me responsabiliser, m’avait chargé de réguler le flux des entrées et les sorties. Je m’acquittais de ma tâche avec un zèle certain espérant certainement que cela influe positivement sur mes notes mais il n’en fut rien. Je dois bien reconnaître que je n’étais pas un élève très appliqué.

En milieu d’année notre institutrice Madame Lari s’était attelée à nous l’enseigner l’art de la couture. Peu Intéressé par cette activité, je résistais le plus possible . Cela me valut, outre la sévère remontrance de notre institutrice et une nouvelle visite chez le directeur, Monsieur Rufin. Ce fut la dernière. C’est certainement à cette époque sur j’appris à respecter l’autorité

Les dictées avaient lieu le lundi matin, je n’y excellais, guère. Il faut dire que je n’avais pas encore découvert le plaisir de la lecture, je me suis bien rattrapé depuis.

J’étais en ce temps – là plus à l’aise à l’oral et je manifestais un réel intérêt pour les débats citoyens sur les grands sujets de société initiés par Madame Lari . Je me souviens d’un matin durant lequel, nous avions débattu de l’utilité pour les médecins d’annoncer les mauvaises nouvelles aux patients.

Rien de mon actuelle et insatiable curiosité ne s’était encore manifesté à l’époque. Peu enclin à l’étude nous étions bien plus préoccupés à suivre à la télé, les aventures du film Tarzan qui passait le mardi soir à la dernière séance, d’eddy Michell . Pour mon plus grand malheur, mon nstitutrice habitait le même immeuble que mes parents. De ce fait elle ne ratait rien le mercredi après-midi de mes divagations sonores et mes tentatives d’imitation de Johnny Weismuller.

Elle ne manquait pas d’ailleurs le jeudi matin dans un sourire ironique de me rappeler que mes jeux extérieurs et sonores du mercredi après-midi ne me permettraient pas d’améliorer ma moyenne

La cour de récréation de l’époque était  minimaliste, pas de cages de baskets ni de foot . Pendant les intercours, nous mettions des vêtements au sol pour figurer les poteaux et nous improvisions des parties avec une balle de tennis.

Comme je le disais plus haut,  le plateau sportif n’avait pas encore été construit et l’école jouxtait encore une forêt de chênes et de feuillus qui s’allongeait en suivant le canal jusqu’aux champs de la Marguerite. .

Un coin des anciens chemins d’écoliers

Mes jeux d’enfants me conduisaient souvent le mercredi vers les Grands Pins à l’emplacement actuel de la Résidence éponyme. 

L’endroit était à l’époque sensiblement différent et bien moins urbanisé qu’aujourd’hui. Le quartier sortait à peine de son passé agricole, de nombreux terrains vagues ceinturaient les immeubles.

Les légendes locales racontaient que nombres de fermes avaient existé à cet endroit. J’avais du mal à y croire du haut de mes huit ans et je ne percevais pas encore les mutations urbanistiques profondes qu’avait connu Marseille en quelques années . C’est à cette époque que commença à germer en moi cette passion pour l’histoire qui occupe encore aujourd’hui une grande partie de ma vie intellectuelle.

C’était un temps où nous pouvions encore distinguer les saisons. Aussi alors que l’hiver tombait sur Saint Tronc, nous apercevions nettement depuis nos fenêtres, les champs environnants couverts d’un duvet de givre, que je prenais alors pour de la neige. La Nature régnait encore sur la vie des hommes. Nous pouvions la sentir, la ressentir. 

La Raffine Le canal

L’odeur de la terre, l’humidité de la végétation  l’humus, la chlorophylle. Tout cela nous sautait aux narines le matin quand nous partions en classe.

Rien de ce que nous pouvons voir aujourd’hui ne ressemble à ce que avions découvert jadis.

La rue Pierre Doize devant le Lycée Perrin s’appelait encore à l’époque chemin de St Tronc à Saint Loup. Elle ne devait avoir que trois mètres de large, était bordée de murs de pierre, jadis délimitations des propriétés agricoles. 

Les jours de pluie était particulièrement épiques car la voirie n’avait pas suivi le rythme effréné des urbanisation des années 70.

Ainsi, j’ai le souvenir net de fréquentes ornières devant l’actuel Gifi. Le rond-point Castelroc n’existait pas et l’accès aux résidences et à l’école se faisait par l’intérieur des Roches. 

Abondamment irrigué par les passages incessants des véhicules, la crise du petit commerce n’existait pas encore. Cela  permettait au boulanger, au poissonnier Pardini, au papetier Azan de régner sans partage sur l’économie locale. L’apparition de Sodim (actuel Aldi) en 77/78., de Point 5 en 1979 a Saint Loup et de Super M en 1983 rebattra grandement la donne

En 1977, le chemin d’asphalte entre les Roches et Sainte Croix qui conduit aujourd’hui à Castelroc n’existait pas. La desserte actuelle ne verra le jour que dans les années 80. À cet emplacement s’étendait alors à l’époque, un vaste champ marécageux très souvent gelé les matins d’hiver. 

A suivre …

par Remy Alacchi – Tous droits réservés – 2022

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.