Une enfance à Saint Tronc 2 – Le Raquette club

LE RAQUETTE CLUB 

  1. Introduction

A partir des années 1995, une grande nostalgie de l’enfance s’empara de moi et je me mis en tête de retrouver les traces du passé, les visages, les sensations, les repères. Je décidais alors de passer à l’action et de médiatiser mon initiative.

Internet n’existait pas encore, j’eus alors recours au seul médias de masse à ma disposition, les quotidiens Marseillais. Autres temps, autres mœurs, un journaliste me fit la grâce d’un petit article avec photo dans le Méridional, journal aujourd’hui disparu. L’article faisait part de mon souhait d’organiser une rencontre des anciens de St Tronc ainsi que de mon souhait de réunir les participants éventuels au Raquette club, un des lieux – phare de mon enfance à Saint-Tronc.

Ce fût un échec retentissant, je n’eus quasiment aucun retour de cette brillante initiative. Aucune de mes connaissances, ni amis d’enfance ne s’étant manifesté, je dus renoncer. Le projet tomba à l’eau et dans l’oubli.

Presque dix ans plus tard, cette idée tenace refit surface et je décidais cette fois-ci d’utiliser les nouvelles technologies. Internet faisait à présent partie de notre quotidien et je lançai sur une page web un nouvel avis de recherche. 

Le succès cette fois-ci fût immédiat. 

Anciens professeurs et collégiens du vallon de Toulouse, anciens élèves de l’école Castel Roc, beaucoup s’étaient manifestés. Tout était prêt, je fixais la date des retrouvailles au 18 juin 2006 à 21 h.

2 Raquette Club le 18 juin 2006 

Comme le sportif concentré avant un match, c’est légèrement fébrile et un peu inquiet que j’arrivais ce soir là seul, pour préparer la rencontre. 

Alors que j’achevais de donner les quelques directives aux restaurateurs qui assuraient l’organisation de la soirée, je ressentis un violent besoin de m’isoler, je fit un tour dans le bâtiment et alors que je déambulais dans les pièces en enfilade, un élément particulier attira mon regard. Face à l’entrée vitrée sur le mur à gauche existait encore un panneau qui m’apparut très ancien.

Derrière une vitre sans âge, un panneau de bois affichait encore des vignettes bristol avec photos numéro d’adhérent au club de tennis de l’année 1982. 

Je ne sais comment ce vestige semblant sorti d’un cataclysme avait survécu après tant d’années, ni pourquoi il était resté figé sur l’année 1982.

Il était là devant moi, inerte et magnifique à la fois. 

A vrai dire. Je connaissais ce tableau plutôt je le reconnaissais. C’était celui des abonnés, du club de tennis tenu à l’époque par Monsieur intagliata.

Enfant , j’avais longtemps caressé le souhait de jouer au  » Raquette  » mais les droits d’entrées étaient bien au-delà des moyens possible pour mes parents à l’époque.

fasciné j’observais de l’extérieur, les membres du club de l’époque m’apparaissait comme des  demis – dieux que j’admirais secrètement et auquels je souhaitais ressembler.

Opiniâtre et déterminé j’allais pendant des années harceler mes parents pour qu’il m’inscrive au Raquette club . Las certainement de mon insistance,  ils accedererent à ma demande en 1982. J’obtins donc le précieux sésame la même année. Une fiche de Bristol attesta de mon appartenance au cénacle. Cette fiche de Bristol de 1982, je l’avais à présent sous les yeux 24 ans après.

Je la vis en début de liste, à la lettre A . Une simple fiche Le Bristol avec mon nom mon prénom et ma photo d’adolescent et qui avait suscité en moi tant de fierté. 

Organisées par ordre alphabétique, ces fiches d’identités jaunis et gondolées par le temps , témoins uniques d’un passé à jamais révolu me sautèrent au visage. 

Hormis les gérants, j’étais seul ce soir-là dans le raquette club, personne, pas un bruit, juste quelques oiseaux à l’extérieur, un silence absolu. 

Comment cela était-il possible ? Comment cet endroit qui avait rayonné pendant 30 ans, qui ne avait  reçu le tout Marseille de l’époque, comment était-il possible un soir de juin que je fusse le seul présent dans cet endroit jadis si fréquenté, si animé,  si vivant ?

C’est empreint d’une légère mélancolie que je retournai à l’organisation de ma soirée et alors que j’attendais mes invités,  je me suis souvenu.

2 Novembre 1976.

A suivre…

Par Rémy Alacchi – Tous droits réservés – Février 2022

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