LA ROUTE OUBLIÉE DE SAINT TRONC

Par Rémy Alacchi – Tous droits réservés – 2025

UNE ROUTE PAVÉE SURGIT DU PASSÉ
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Cela faisait déjà plusieurs années que j’avais repéré ce fragment pavé le long du canal à proximité de l’Abbé Fouque . Une rapide mais sommaire exploration sur le terrain nous permet de repérer un pavage régulier de pierre calcaire rectiligne et qui disparaît après le portillon du canal. Je fus très étonné d ‘ailleurs de la facture très qualitative de ce travail au sol . Autre fait intéressant : J’ai emprunté ce lieu des milliers de fois pour me rendre au collège Vallon toulouse dans les années 1980 et je n’avais jamais vu cette portion pavée. S’Il est vrai que mon œil d’enfant était moins sensible à ce type de découverte, la route était-elle alors seulement visible ? La mutation socio économique de nos campagnes, la perte de la vocation agricole du quartier peut expliquer la déchéance progressive de cette desserte qui s’est peu à peu effacée de nos mémoires. Si son tracé s’est progressivement enseveli, il est donc probable également que les ruissellements réguliers l’ont fait réapparaître. Ce n’est donc que récemment que sa présence me sauta aux yeux
UNE ROUTE POUR QUELLE UTILITÉ?
Lorsque je découvris cette portion pavée au sol, je conclus qu’il ne s’agissait que de la continuité du du canal recouvert dans les années 75 pour la construction de Jardin de Flore. Etions -nous en présence d’une route ancienne de desserte agricole pour les charrettes, les carrioles à bras ou le transport de fourrage, de lait , le passage des bêtes ( vaches, chevaux ) ? Cela reste une hypothèse plausible car nous connaissons l’existence depuis le début du XIX de la bastide le Val des Pins et de ses immenses .
La présence des religieuses et du centre Fouque des le début du XX siècle a certainement dû augmenter la production agricole et donc les besoins de transports entre les différentes parcelles du domaine très éloignées les unes des autres.

Affinons notre analyse, nous possédons des photos du début du siècle prises par avion de Saint-Tronc. L’on distingue assez aisément que le type de cultures au sol évolue au fur et à mesure que l’on s’éloigne du canal et des terrains plats. Les vergers et des cultures céréalières en bas près du canal et de l’immense bassin de rétention des eaux et sur la hauteur au pied de la colline, les alignements d’oliviers.
Mais en définitive, rien de cette activité agricole ne nécessite une route pavée. Certes le gel et les pluies peuvent gêner le transport des matériaux, des denrées mais la nature même des produits cultivés n’obligeait en rien que la route soit pavée ou ouvragée de la sorte . En effet un peu plus loin sur les contrefort de Sainte-Croix vers les Trois Ponts, les activités agricoles furent nombreuses et nul besoin de routes annexes pavées pour la connexion de différentes parcelles . En effet un simple sentier de terre suffisait assurément à la bonne marche de l’activité agricole.
D’ailleurs à saint Tronc, même les traverses et chemins vicinaux entretenus par la ville où par l’état depuis le milieu du XIX ème étaient loin’ d’avoir fait l’objet de tant d’attention.

Nous le voyons très bien sur les photos prises sur la place de Saint Tronc du début du siècle : Les chemins de terres sont seulement damés et approximatifs..Mais alors, si les routes et chemins officiels n’avaient pas nécessité d’autant de soins,, pourquoi une simple route de desserte agricole sur un terrain privé aurait fait l’objet d’autant de précautions et de précision ?
Pourquoi un simple sentier courant à travers champ au pied de la colline aurait requis l’utilisation de pavé si bien ouvragés ?

PREMIÈRE HYPOTHÈSE
Sur des photos des années 1930, nous percevons très bien sur le tracé de cette route semble suivre le canal. Néanmoins, seul un plan du cadastre nous permettra de corroborer son chemin exact., j’y aurais accès prochainement.

Si l’on accepte l’hypothèse que la route suivait le canal, nous n’avons aucun mal à envisager que cette via ouvragée et consolidée possédait une autre utilité qu’une activité liée à l’agriculture.
Par exemple, il est fort possible que celle- ci fut utilisée par les ouvriers pour le creusement et l’évacuation des matériaux pendant la construction du canal au milieu du 19e siècle Dans ce cas-là, du fait du poids des matériaux transportés, la route pavée au sol s’impose naturellement. En effet des tonnes de terre ont été creusées, donc déplacées pour être revendues ailleurs. Cela peut s’envisager mais je ne possède pas les sources pour l’attester. D’autant que la construction d’une route supplémentaire, pavée de surcroît, aurait considérablement augmenté le coût au kilomètre du creusement du canal. De plus nous pouvons parfaitement penser que la terre puisse être évacué à dos d’âne via une route de Terre. Pourquoi donc dans les siècles passés une telle route aussi précisément installée et ouvragée dans ce coin de campagne ?
Pourquoi un tél déploiement de technique dans un lieu – dit principalement agricole, très peu peuplé et très éloigné des routes de commerce ? Pour le dire vulgairement : qu’est-ce que cette route fait là ?
Sur la photo ci- dessous, nous apercevons la colline à pan coupé au-dessus de l’ancien stade Castelroc. C’est à cet endroit précis que nous situons l’emplacement probable d’une ancienne carrière très ancienne.


Le pan dans le calcaire a angle droit semble indiquer une intervention humaine patiente et méthodique pour extraire au fil des siècles la pierre.
C’est là le virage de notre deuxième hypothèse. Il a dû exister bien avant celle de Perasso une première carrière dans les anciens se sont servis pour la construction de maisons ou d’édifices alentours.
Au vu de la déclivité à ce niveau de la colline une question se pose naturellement. Comment les anciens ont pu acheminer les pierres depuis les contreforts de Sainte-Croix jusqu’à la route en contrebas Contrairement à ce qu’on pourrait penser la déclivité est une chance plutôt qu’une contrainte. Car en effet il est bien plus facile de faire glisser des pierres sur une pente plutôt que de les faire cheminer sur un terrain plat.
DEUXIÈME HYPOTHÈSE : LA RAMPE DE PIERRE POLIE
Comme je l’avais précisé dans un article sur La arrière de pierre oublié : un chemin constitué de grosses pierres polies sur j’ai moi-même connu, était encore tout à fait visible au milieu des années 80. Ces pierres étaient tellement usées par les passages successifs que l’on pouvait sans difficulté en imaginer l’ancienneté.
Ce chemin demarrait à proximité du pont sur le canal, il montait en pente douce vers le stade. Il ne restait que des vestiges de ci de la mais l’on pouvait aisément imaginer la largeur de cette route pavée. Impossible de chiffrer, je ferai une erreur mais je puis affirmer que là le besoin en pierre a dû être extraordinaire.
Sur la photo du dessous issu d’un plan trouvé par hasard dans une cave date des années 1980. En zoomant suffisamment la photo, l’on aperçoit en contrebas du stade le fameux sentier de pierre polies.. Je me souviens de plusieurs portions sur laquelle nous évitons de marcher tellement la pierre était lisse. Bien entendu à l’époque nous n’avions pas les clés pour décoder la présence de tel vestige dans les champs en contrebas du stade Castelroc.

Si j’ai longtemps pensé que la structure de la pierre très lisse et très abîmée avait pu être emprunté et polie pendant des siècles par les passages successifs des pèlerins et fidèles lors des processuins à destination de la chapelle Sainte-Croix au sommet de la colline. Je perçois aujourd’hui les choses autrement. Sans remettre complètement en cause cette hypothèse je la tempère cependant.
Si l’on part du postulat une carrière de pierre a existé . Si la question de l’extraction des pierres ne pose pas de problème technique celle de son évacuation depuis le sommet vers le bas pose quelques problèmes. Sans présumer de la taille ni du poids des pierres, la seule façon possible de faire glisser des pierres de cette importance depuis le haut vers le bas est d’utiliser la déclivité.
C’est ainsi que nous pouvons penser l’utilisation de cette ancienne route de de gros blocs polis qui existaient encore au début des années 1980.
il ne s’agissait peut-être pas d’un sentier de procession contrairement à ce que j’ai longtemps pensé mais plutôt d’une rampe facilitant l’évacuation des pierres depuis le haut vers le bas
En effet pour les carriers de l’époque faire glisser les blocs sur une rampe de pierre polie devait faciliter l’évacuation et le transport des matériaux.
Il est bien évident que dans la configuration actuelle, nous ne disposons que de très peu d’éléments corroborant nos hypothèses. . Seuls les observations sur le terrain nous permettent de nous poser plusieurs questions.
Malgré les lacunes de notre parchemin nous pouvons sans trop nous tromper avancer sur une piste. Une carrière de pierre a existé à Saint-Tronc au pied de la colline. Nous ne connaissons ni les méthodes d’extraction, ni la durée d’activité de cette carrière.Néanmoins quelques vestiges au sol aujourd’hui disparus attestent de la présence d’un sentier de pierre dévalant depuis les hauteurs et que je pense pouvoir qualifier de rampe d’évacuation des matériaux extraits de la colline.
C’est ainsi que nous pouvons comprendre la présence d’une route pavée ou appareillée sur le terroir de Saint-Tronc . Seule une utilisation à grande échelle peux expliquer l’investissement pour les maîtres d’ouvrages d’une route ou plutôt un sentier consolidé à cet endroit. Seul une exploitation pré-industrielle peut justifier un tel investissement et une telle technicité. Il est évident que l’extraction de pierres nécessitait une rampe d’évacuation depuis le sommet puis une route pour évacuer les matériaux.
Une chose est sûre : Ces éléments historiques ont complètement disparus de nos mémoires, je tente aujourd’hui de les réactiver. Je m’excuse par avance de l’imprécision de mes hypothèses et du manque d’étayage par l’absence de sources. Je tente d’ouvrir des portes que peut-être d’autres viendront enrichir à l’avenir.
Remy Alacchi Tous droits réservés – octobre 2025
