» Les Obus rouges »

Par Remy Alacchi – @ Tous droits réservés – D’après le journal de Mr Prevot- Leygonie habitant de Saint Tronc qui en 1944 a consigné sur son journal les événements narrés ci-dessous

Vers 22h, ma chambre se trouve tout à coup violemment illuminée. J’allais me mettre au lit. Au-dessus de la ville, tombent lentement une trentaine de fusées-parachute. Le spectacle est féerique. Un quart d’heure plus tard, la DCA entre en danse. On entend à peine le ronronnement des avions, tant le tintamarre remplit les oreilles. Cela dure une petite demi-heure, puis plus rien.

15 août

Fête de l’Assomption. En allant, à la messe, j’apprends que la gare St Charles a encore servi de cible, cette nuit, aux aviateurs américains. La gare n’est à peu près pas touchée, mais les quartiers environnants ont beaucoup souffert. Le nombre des victimes est toutefois moins élevé qu’au 27 mai. Les Marseillais ont appris à se mettre à l’abri. J’apprends également la nouvelle plutôt surprenante du débarquement sur les côtes de Provence. Grosse émotion un peu partout; les Marseillais croyaient que la grande bagarre serait réservée aux « gens du Nord ».

16 et 17 août

Marseille est constamment survolée par les avions alliés. Ils passent toutefois Sans chercher à s’arrêter. Alertes sur alertes, le travail des bureaux devient pratiquement impossible. On passe ses journées dans les caves.

18 et 19 août

Alertes plus rares. Les Alliée approchent. Ils ne seraient, d’après Alger, qu’à 30 kms de Marseille. Dans les rues, les Allemands raflent les bicyclettes. Serait-ce pour s’enfuir plus vite ? Leur butin, en attendant, est plutôt maigre. La nouvelle s’est vite répandue, et les vélos sont très rapidement invisibles sur les grandes artères. Je laisse le mien rue Montgrand et reviens à pied.
Les tramways ne fonctionnent plus, les dépôts ayant été sabotés par les FFI.

20 août-21 août

Journée calme. L’émotion commence tout de même à étreindre la population. Où peuvent-« ils » être maintenant ? Que va-t-il se passer ? Les Allemands s’en vont en foule. Mais partiront-ils tous ? Et ceux qui resteront se défendront-ils ?

Matinée agitée. Quatre employés seulement sont venus au bureau. Quelques banques sont encore ouvertes. On voit des gens affairés retirer leurs fonds précipitamment. La populace pille les chocolateries. Les paquets sont lancés de l’intérieur, et des centaines de mains avides se tendent pour les prendre au vol.

La bagarre commence du reste assez rapidement. On entend le canon dans le lointain. Plus près, des rafales de mitrailleuses éclatent par moments. Des batteries attelées remontent vers St Tronc. Les cavaliers excitent leurs montures dans la côte. Combien de temps encore entendrons-nous cette langue gutturale ? Un char d’assaut remonte, lui aussi, derrière les canons. Ses chenilles claquettent piteusement sur l’asphalte. En passant sous mes fenêtres, les Fritz poussent des cris et déchargent leurs Nausers. Avis sans doute aux gens trop curieux. J’entends une voisine fermer précipitamment ses volets, elle a compris.

Le sirocco se met à souffler en tempête. Chaleur étouffante. Le ciel se charge de nuages grisâtres, tandis que les tirs reprennent de plus belle vers la ville. Les FFI ont dû déclencher leur attaque. Sur le soir une violente explosion fait osciller la villa. Je bondis dans le jardin. Une énorme colonne de fumée s’élève dans le ciel. Serait-ce l’usine des Aciéries du Nord qui vient de sauter ? Les Aciéries se distinguent pourtant très bien, et bien davantage sur la droite. Ce doit être plutôt un des bâtiments du parc Chanot où les Allemands avaient installé un dépôt de matériel et probablement de munitions. Dans le quartier le bruit circule que les FFl sont maîtres de la Préfecture. On évite de sortir dans la rue, en tout cas à la hâte, mais les nouvelles sont vite colportées. Un mot en courant et voilà les gens renseignés.

22 août

Nuit agitée. De grosses pièces allemandes ont tiré presque sans interruption, pilonnant sans doute la route d’Aubagne. Les éclairs des départs, là-bas sur la côte et juste en face de mon lit, le tintamarre des explosions ébranlant les murs de la maison, la chaleur, les moustiques, m’ont empêché de fermer l’œil. Les tirs continuent presque toute la matinée, couvrant les castagnettes des mitrailleuses. Sur le soir, celles-ci se font plus précises. Plus de courant électrique dans la maison, et partant plus de radio. Mais ceci est plus grave : plus de pain, et pour combien de temps ? L’eau coule encore : c’est déjà bien quelque chose.

23 août

Nuit plus calme. J’ai à peu près dormi, malgré la chaleur étouffante 28° à 7h du matin dans Ma chambre. Le canon recommence sa fantasia, puis accalmie, mais vive fusillade vers la ville. Les blindés alliés doivent être là. Les tirs des chars se distinguent nettement. Vers 10h le drapeau français flotte sur le château d’eau des Aciéries du nord. Du jardin on voit nettement nos trois couleurs onduler sous le sirocco. Les tirs se précisent. On suit à peu près, à l’oreille, l’avancée des blindés. Une colonne doit monter vers St Tronc par St Loup. J’entends nettement ses canons derrière les grands pins de la Sauvagère. A St Tronc les Allemands ont installé un véritable repaire autour du château de la Roche. Galeries souterraines, blockhaus, rien n’y manque. Mais tout cela a été prévu pour un débarquement se faisant sur la plage du Prado et non pour résister à des troupes venant de l’est. Une autre colonne doit monter vers l’église de Ste Marguerite. On entend très bien l’écho des obus éclatant entre les murs du chemin. De temps à autre des fusants éclatent au-dessus du Boulevard Rabatau.

Le tir des blindés est inlassable. Vers 4 heures, Reine, ma femme de ménage, arrive et m’annonce que les Allemands ont fusillé trois hommes à St Tronc. Ces pauvres diables se trouvaient dans la rue et discutaient « le coup », ainsi qu’aiment à le faire tous les Marseillais. On les a emmenés dans le jardin du docteur Rampal, alignés contre le mur et fusillés. L’un d’eux était grand blessé de l’autre guerre. Reine traverse la rue à la course, mais dans ces jours de bataille, elle ne manquera jamais de remplir son service. Personne du reste dans les rues. Les gens se terrent. Et puis quelle chaleur ! Une fumée opaque s’élève vers la Panouse. Elle nous gagne peu à peu, et la suie retombe dans le jardin. On a peine à respirer. Vers 19h le vent se calme; des cris éclatent dans la rue. Je me précipite. Les voisins se serrent les mains, s’embrassent. Des femmes pleurent. Que se passe-t-il ?
On me dit que le général allemand a capitulé et que le combat est fini. Cependant la chose ne parait pas bien claire. On entend encore le canon de divers côtés. Après mon dîner, que j’avale en grande vitesse, je reviens me mêler aux groupes de la rue. Tout à coup des départs éclatent tout proches. Des obus passent au-dessus des Micocouliers. On les voit nettement l’espace d’un éclair, rougis sous l’éclat du soleil couchant. La pièce d’artillerie doit se trouver vers la Grande Bastide (probablement Bastide Saint Thys) et tire vers le chemin de St Loup. Cette soi-disant reddition parait bien louche. En tout cas, qu’une patrouille allemande montre le bout du nez et qu’elle aperçoive tous ces gens attroupés, nous sommes sûrs de notre affaire.

Une femme a déjà sorti un drapeau. J’engage tout le monde à rentrer et donne l’exemple. Il me semble du reste que s’il y avait un ordre de « cessez le feu », on entendrait les cloches ou une sonnerie quelconque.
Le courant électrique est revenu, mais si faible qu’il rougit à peine le filament des lampes. Impossible d’écouter la radio. L’eau maintenant s’est arrêtée.

Le tir des blindés est inlassable. Vers 4 heures, Reine, ma femme de ménage, arrive et m’annonce que les Allemands ont fusillé trois hommes à St Tronc. Ces pauvres diables se trouvaient dans la rue et discutaient « le coup », ainsi qu’aiment à le faire tous les Marseillais. On les a emmenés dans le jardin du docteur Rampal, alignés contre le mur et fusillés. L’un d’eux était grand blessé de l’autre guerre. Reine traverse la rue à la course, mais dans ces jours de bataille, elle ne manquera jamais de remplir son service. Personne du reste dans les rues. Les gens se terrent. Et puis quelle chaleur ! Une fumée opaque s’élève vers la Panouse. Elle nous gagne peu à peu, et la suie retombe dans le jardin. On a peine à respirer. Vers 19h le vent se calme; des cris éclatent dans la rue. Je me précipite. Les voisins se serrent les mains, s’embrassent. Des femmes pleurent. Que se passe-t-il ?
On me dit que le général allemand a capitulé et que le combat est fini. Cependant la chose ne parait pas bien claire. On entend encore le canon de divers côtés. Après mon dîner, que j’avale en grande vitesse, je reviens me mêler aux groupes de la rue. Tout à coup des départs éclatent tout proches. Des obus passent au-dessus des Micocouliers. On les voit nettement l’espace d’un éclair, rougis sous l’éclat du soleil couchant. La pièce d’artillerie doit se trouver vers la Grande Bastide (probablement Bastide Saint Thys) et tire vers le chemin de St Loup. Cette soi-disant reddition parait bien louche. En tout cas, qu’une patrouille allemande montre le bout du nez et qu’elle aperçoive toue ces gens attroupés, nous sommes sûrs de notre affaire.

Une femme a déjà sorti un drapeau. J’engage tout le monde à rentrer et donne l’exemple. Il me semble du reste que s’il y avait un ordre de « cessez le feu », on entendrait les cloches ou une sonnerie quelconque.
Le courant électrique est revenu, mais si faible qu’il rougit à peine le filament des lampes. Impossible d’écouter la radio. L’eau maintenant s’est arrêtée.

Vers 20h30, les tirs reprennent violemment vers le Pont-de-Vivaux: Mitrailleurs, fusils-mitrailleurs, canons de chars. Ils se rapprochent. Non, décidément, ce n’est pas fini. Voilà maintenant des coups de feu tout proches.

22h. Je me couche, mais à peine au lit, voilà les grosses pièces de marine qui entrent en branle. Toute la nuit, elles ébranleront la maison. L’une d’elles est si bien en face de mes fenêtres qu’on peut se livrer au petit jeu du repérage au son. Du reste il n’est pas question de dormir. Voyons, comptons les secondes. Voilà un départ. l,2,3…2,3,2,4. Cela fait 8 kilomètres. Elle doit être à la Madrague. Pourtant cette distance parait bien grande pour cette banlieue. Alors serait-elle en mer ? Le Planier est trop loin. Je n’y comprends rien. Les moustiques s’en mêlent. Ces messieurs n’aiment pas la musique. Il n’y a vraiment pas moyen de dormir?

24 Août :

A l’aube, les tirs reprennent un peu partout. Je me lève et vais respirer dans le jardin. Cette pièce m’intrigue. Elle tirait cette nuit dans l’axe de la maison, car je percevais très nettement le sifflement des obus passant au-dessus de ma tête. Les coups d’arrivée étaient assez éloignés. Le but devait être la route d’Aubagne, par où arrivent les renforts alliés. Prenons la carte. L’éclair de la pièce se voyait dans l’axe du clocher de Ste Marguerite. Mais oui, c’est bien cela, je me trompais de quelques degrés. L’extrémité de la Madrague, autrement dit le Mont Rose, est bien à 8 kms de la maison, et le clocher de Ste Marguerite est parfaitement dans l’axe de tir.

A l’autre bout de la ligne droite, on trouve St Loup. C’est là que devaient tomber les marmites. Que peuvent faire les habitants sous un tel martelage ? Une autre grosse pièce conjuguait son tir avec celle-là. D’après la direction des éclairs, elle devait se trouver dans une des îles de la rade, Pomègue ou Ratonneau.

Un avion survole la ville. La DCA rage à sa poursuite. Une grosse pièce se met à cracher dans la direction de St Pierre. Elle m’a tout l’air de prendre à partie celles de la côte. Les alliés ont dû amener cette pièce pendant la nuit, et l’avion lui sert à régler son tir. Puis tout se calme. Tiens, la cloche de St Giniez !
Elle a de la chance de pouvoir sonner la messe.

Sainte-Marguerite n’en est pas encore là. Après quoi, je m’endors une petite heure dans mon fauteuil. Ah! Voilà encore un avion. Il est bas, l’animal, et la DCA s’acharne sur lui. Il tourne pendant près d’une heure. Voit-il ? Ne voit-il pas? Les éclats des fusants tombent sur les branches du jardin. Toute la matinée, le jeu continue, pendant que le cap Croisette reprend son marmitage infernal. Que fait la flotte anglaise ? Il semble qu’une batterie comme celle-là devrait être rapidement réduite au silence. Il est vrai que Toulon intéresse davantage nos alliés que Marseille.

11h. Reine m’apporte triomphalement un magnifique pain blanc. Il est fait, dit elle, avec de la farine américaine laissée à Marseille par les Suisses. Grande joie de pouvoir manger du pain!

Mais alerte, le combat se rapproche. Les blindés doivent être sur le chemin de St Loup à Ste Marguerite. Le bruit s’éloigne. Cerneraient-ils le camp de Montfuron ?
L’après-midi, même jeu. Se bat-on dans Sainte-Marguerite ? Je n’arrive pas, au son, à distinguer nettement ce qui se passe. Avions et batteries, comme ce matin.

25 août

Nuit superbement calme, et relativement fraîche. J’ai dormi comme un loir.
Vers 7h. branle-bas vers St Tronc, le canon tonne, ébranle tellement la maison
qu’il me fait sauter à bas du lit. Des pas nombreux se font entendre sous mes fenêtres. Mais ce sont les troupes françaises Je m’habille en grande hâte et descends dans la rue. Défilé splendide. Les chars au centre, et l’infanterie défilée contre les murailles, en tirailleurs. Dans les haltes, les civils s’approchent et fraternisent. Des femmes jettent des fleurs, mais où peuvent-elles en trouver dans nos jardins altérés ? Ces troupes sont splendides. Ce sont des Algériens, tandis qu’à Ste Marguerite campent les Marocains qui ont libéré le village. Les drapeaux sortent à toutes les fenêtres. On crie : « Vive la France ». Les yeux se mouillent. Cette route détournée a été choisie pour entrer à Marseille afin d’échapper aux tire des grosses batteries. Nous avons ainsi la joie de ce beau spectacle. Des avions pilonnent les collines vers Notre Dame de la Garde et les îles.

La DCA continue à pourchasser les avions. Les civils restent maintenant dans a rue tant la joie leur fait oublier le danger.
9h. Le défilé, assez décousu, continue toujours. Les chars n’avancent du reste qu’au tout petit pas. Je déjeune en vitesse, et cours jusqu’à l’église par le Bd Barbier. Des Marocains sont là, qui se dirigent en tirailleurs vers le Bd Michelet. Splendides hommes, aux yeux sauvages, racés, merveilleusement disciplinés. Une canonnade éclate dans la même direction. Ils attaquent, me dit un civil, une propriété tenue par les Allemands.

17h30. Grand branle-bas vers l’église. Cris, acclamations, le feu s’arrête brusquement. Les cloches se mettent en branle. Le feu précipite dans la rue. Tout le monde sort. On se congratule, mais gare aux patrouilles : le chemin de St Tronc n’est pas libéré. Ce sera peut-être pour ce soir. La température a quelque peu fléchi:
30° à peine, dehors.

20h. Un camion de « patriotes », armés jusqu’aux dents, monte vers St Tronc. Ils vont se faire écharper ? Deux coups de feu, et tout redescend à tombeau ouvert.
La bataille continue, violente, vers le nord et l’est. Notre banlieue est presque tout à fait calme. Tant que ces Allemands de St Tronc sont là, on n’est tout de même pas très tranquilles. Qu’il fait bon, en tout cas, respirer dans le jardin!
La radio d’Alger annonce la libération de Marseille. Elle va bien vite en besogne. Le courant électrique est un peu plus fort, et en plaçant le « chauffage » à fond et avec un peu de patience, on entend ou plutôt on devine la voix du speaker. La Roumanie a capitulé, dit-il; les Allemands s’effondrent partout. L’aube de la libération totale n’est peut-être plus très éloignée, pour notre pauvre patrie.

10h. Je reviens aux Magnolias. Le défilé est terminé. On tire toujours très violemment du côté de la ville.

11h. J’étais dans le jardin à regarder la statue de Notre Dame de la Garde qui profile toujours sa pacifique silhouette entre les pins de la  » Valentine  » lorsque des fusants éclatent au-dessus de ma tête. Est-ce moi qui ai déclenché ce tir stupide ? A la jumelle, on a très bien pu me voir de 1à-haut, où les Fritz ont installé un observatoire. Je rentre. Encore un fusant, puis un autre. Décidément, il vaut mieux descendre à la cave. A peine en bas de l’escalier, grosse détonation. L »éclair illumine la cave. S’ils cherchent le carrefour, ces messieurs s’y prennent vraiment un peu tard. Les troupes françaises sont passées il y a belle lurette. Ah cela se calme, nous pouvons remonter.

14h. La bataille continue, furieuse, vers la Vierge de la Garde. Des Marocains montent vers St Tronc où sont toujours nos Allemands.

15h. Un bruit de bottes dans la rue. Je m’étais assoupi. Mais ce sont des prisonniers! Eh bien, les Marocains n’ont pas mis longtemps pour débusquer ces cocos-là. Il en passe, il en passe, mais combien étaient-ils donc ? (dans le tunnel-bunker) Nous sommes là toute une bande de civils à les regarder, un peu effrayés rétrospectivement à la pensée d’avoir dormi, encore cette nuit, si prés de ces gens-là. Ils sont au moins 800, peut-être davantage. En tête, les officiers, très cranes, comme toujours, puis les sous-officiers, effondrés, enfin les soldats, inertes, indifférents.

Les femmes du quartier leur crient des insultes. Les pauvres diables devraient, pour l’instant, inspirer plutôt la pitié. Beaucoup ont perdu leur calot, ils suent à grosses gouttes, tramant sous leurs bras des couvertures, des godillots, ces ineffables bottes allemandes qu’on a tant entendu marteler nos rues de Marseille. C’était alors le bon temps pour eux, le soleil, loin de la Russie meurtrière, ils chantaient. Leurs chœurs étaient du reste très beaux, à plusieurs voix.

Ils n’ont guère envie de chanter maintenant. L’un d’eux, un gamin de 18 ans, défile devant moi, portant précieusement une vieille boite de conserves qu’il tient bien droite, évitant de la renverser. Je me suis demandé, pendant quelques instants, ce qu’il pouvait porter là-dedans. Mais ce devait être tout simplement un peu d’eau. N’ayant pas prévu, dans leur tanière, un approvisionnement suffisant pour tant de monde, leurs chefs avaient été acculés, par la soif, à la reddition sans combat. Ce gamin emportait ainsi un trésor, étant d’autre part bien persuadé qu’on ne lui donnerait pas à boire de la journée. Reine prétend avoir entendu, cette nuit, grincer la chaîne de son puits. Quelques Fridolins avaient dû sauter son mur de clôture et se mettre en train de tirer un seau d’eau. La bonne Reine n’a pas bougé, et elle a bien fait, de toutes façons.

Les Marocains mènent tout ce bétail, comme ils feraient d’un troupeau de chèvres. Tous s’engouffrent dans le boulevard Barbier, car les FFI veulent se montrer à leur tête dans la traversée de Ste Marguerite. On peut bien leur donner cette satisfaction.
Sur le soir, récupération des chevaux, des armes, du matériel. Les FFI s’en donnent à cœur joie. Spectacle pittoresque de ces cavaliers, souvent novices, avec un simple brassard tricolore, quelquefois un casque de défense passive sur la tête, mais ni selle, ni étrier, les pieds nus dans des sandales.
La bataille tombe. Il faut l’apparition d’un avion, pour réveiller de temps à autre les batteries allemandes. –

26 août :

21h. La bataille maintenant se précise vers la Madrague. Une batterie française, placée au Pont de Vivaux, semble appuyer l’attaque des blindés. Ses obus sifflent au-dessus du jardin toutes les 2 ou 3 minutes.

22h. Cette batterie a réveillé les pièces de marine du Cap Croisette. Quatre coups bien placés, et elle se tait. Sans doute n’était-elle pas de taille à lutter contre ces molosses ? Nuit encore agitée. Les tirs ont continué de coté et d’autre. Grosse chaleur. Moustiques.

8h.Je me décide à descendre en ville. Hier le passage était interdit. Aujourd’hui, me dit-on, les barrages du Bd Rabatau sont supprimés. Les rues sont vides. Boulevard Périer, on voit nettement les traces de la fusillade. Quelques trous d’obus au milieu de la chaussée. Un tireur allemand se trouvait, paraît-il, embusqué tout en haut du boulevard, qu’il enfilait avec son fusil-mitrailleur. On l’a retrouvé mort dans sa tranchée. Les(x) sont sains et saufs Ils ont ramassé un grand nombre d’éclats d’obus dans leur jardin et dans la rue Mireille. Les batteries de Notre Dame de la Garde se sont rendues hier soir, mais le fort St Nicolas tire toujours, enfile la Canebière qu’on ne laisse traverser qu’à la course et individuellement. Dans le tunnel du Carénage, un grand nombre de civils se sont réfugiés. On les ravitaille très difficilement. L’oncle (x) a essayé d’aller rue de Ruffi, à l’atelier de la Soudure Autogène du sud-est.

Boulevard de Paris, les Allemands tiennent toujours un immeuble et on ne peut aller bien loin. L’oncle a renoncé.

Je vois des Marocains remonter le Bd Périer ; ils vont déloger les  » Boches  » des collines boisées qui surplombent le Roucas. Je vais ensuite au bureau. Les locataires de l’immeuble sont là, assis sur les marches de l’escalier, prêts à descendre à la cave. Le quartier a été arrosé les jours précédents par les obus de 77, et les braves gens, en général des personnes âgées, ne vivent pas tranquilles. Ils paraissent exténués. Sur la place de la Préfecture, spectacle pittoresque des chars alliés en position de combat, des canons anti-chars. Les autos officielles vont et viennent, les FFI aussi. La matinée est singulièrement calme. Quelques avions nous survolent, et la DCA se fait bien maigre.

Place Castellane, on voit encore des débris de barricades. A l’entrée de l’avenue de Toulon, les deux grandes pharmacies sont en ruines. Les boches s’y étaient barricadés et s’y sont battus désespérément.

27 août- 28 août :

Je poursuis ma route. Au parc Chanot, j’aperçois des prisonniers allemands qui font leur promenade, sous la garde de sentinelles. Les bâtiments ont peu souffert, à l’exception de celui qui a sauté lundi dernier.

Nuit agitée encore par les batteries. Le Frioul tirait des fusants sur les pièces françaises, po4es dans le parc Borely. Vers minuit, des chars sont passés sous mes fenêtres, dans un bruit infernal. Puis un peu de calme. Vers 7h. le vacarme recommence, avec peu de variantes. On entend des tirs de mitrailleuses vers le Vieux Port. La journée est très belle. Ciel d’une pureté admirable. Comment des humains peuvent-ils s’entretuer sous un ciel pareil ?

l7h. Le fort St Nicolas s’est rendu. Le calme succède au vacarme. Il reste, parait-il, quelques îlots de résistance autour du port. Nuit calme, la première depuis bien longtemps. Je vais en ville. La vie reprend tout doucement. Les véhicules sortent timidement. On a arrêté, dit-on, quelques personnalités marseillaises, accusées de collaborationnisme.

19h. Les cloches de Ste Marguerite sonnent à toute volée. Les églises des environs leur répondent. Cette fois-ci, plus de doute. Marseille est définitivement libérée.

LA LIBÉRATION DE SAINT TRONC 1

Par Remy Alacchi – @ Tous droits réservés – 1998

L’ARRIVÉE DES ALLEMANDS

Qui pourrait croire que notre paisible quartier de Saint TRONC a été pendant la guerre de 1939 – 45, le théâtre d’événements aussi dramatiques qu’extraordinaires. En effet les troupes allemandes arrivent dans le village le 12 novembre 1942, ils investissent tous les lieux susceptibles de leur fournir un maximum de confort à moindre frais. C’est ainsi qu’ils réquisitionnent le « château des Roches » (Castelroc Haut), les bastides de la « Germaine  » « Val des Pins » (JB Fouque) « Canto – perdrix ». Parallèlement les Allemands démarrent le creusement du tunnel des  » Roches « , véritable ligne Maginot qui fend la colline de Sainte-Croix de part en part entre St Tronc et les 3 Ponts et dont le mérite revient au STO (service du travail obligatoire) que les Allemands ont réquisitionné pour l’occasion.

Véritable prouesse technique, il est intéressant de comprendre comment les travaux se sont réalisés : tout d’abord des tirs de mine entaillaient le roc, les ouvriers plaçaient les déblais dans des wagonnets reliés à l’extérieur par une voie ferrée (le montant en fer qui servait de support à la poulie et qui permettait les allers et venues des wagonnets est toujours visible à l’entrée du tunnel) Les pierres et la terre ainsi retirées étaient par la suite jetée sur les bords du chemin qui relie Castelroc au 3 ponts. Cela pourrait expliquer le haut remblai que l’on pouvait encore apercevoir en contrebas du chemin il y a quelques années. Ces opérations terminées, les ouvriers cimentaient les murs du tunnel, aménageaient les pièces, tiraient les fils d’électricité et de chauffage ; on pouvait encore apercevoir toutes ces installations récemment en visitant le tunnel.

Pendant l’occupation le tunnel-abri renfermait un véritable arsenal, 800 soldats allemands y étaient parqués et vivaient en autarcie dans cette ville souterraine qui fabriquaient elle-même son électricité, avait sa salle d’opération chirurgicale, ses salles de repos, de réunions, ses douches, ses chambres à coucher et ses kilomètres de galeries sur 3 niveaux.

La tension monte dans le quartier, l’état major allemand réfugié dans le tunnel sait que les GOUMS DU VIème Tabor approchent et de nombreux bastions ont déjà été pris notamment à St Marcel. L’ambiance est délétère et les Allemands tirent à vue. Le docteur DUPEYRAC qui travaille dans son jardin (à la hauteur de l’actuelle poste) est « tiré comme un lapin » par des soldats allemands complètement affolés par l’avancée des alliés. Son locataire Aime Tambon part chercher du secours au bar de St Tronc, il y rejoint germain FAURE et décident tous deux d’aller chercher le docteur GLAYSE-RAMBAL qui loge à la bastide du PLANOL (actuelle entrée du club) ; ils seront à leur tour « tirés à vu » par les soldats allemands. Les deux malheureux sont ramenés au bar où leur dépouille est déposée en attendant que la situation se calme.

NOTONS QUE CES 3 HOMMES SONT MORTS POUR RIEN 3 JOURS AVANT LA LIBÉRATION DE ST TRONC, –
Une plaque honore d’ailleurs leur mémoire sur la façade du bar de ST TRONC –

LA LIBÉRATION DE SAINT TRONC

Le 24 août au matin, les Goums du VIeme Tabor foncent depuis St Loup à travers la colline, direction les 3 Ponts, mais les accidents du terrain empêchent l’émission des ondes radios, de plus l’ennemi freine l’avancée des Tabors, seule une unité parvient à passer, les deux autres se rabattent sur le col de la Gineste.
Parvenu aux 3 ponts vers 9 heures du matin, le 11° Goums se retrouve isolé ayant des ennemis devant, derrière et sur le flanc gauche. Heureusement les renforts de l’armée régulière arrivent à 10 heures, pendant ce temps des mortiers installés à St Loup pilonnent violemment les Allemands accrochés sur le flan ouest (au-dessus de la Becotte). LOUIS NEVANO qui a vécu les évènements en direct raconte :

Les Allemands avaient même creusé une galerie de 300 marches dans la roche pour accéder au sommet de la colline ; cela débouchait sur un promontoire qui présentait une vue à 380 degrés qui leur permettait de surveiller un éventuel débarquement des alliés par la mer (nous verrons plus loin à quel point ils se sont trompés). Une batterie DCA était placée sur le promontoire et interdisait tout accès vers l’entrée du tunnel en contrebas.

Malgré cette encombrante présence, la cohabitation des habitants de Saint Tronc avec l’occupant se fait bon gré mal gré et il n’est pas rare de croiser des soldats allemands allant s’enivrer au bar de St Tronc ; cela dit le couvre – feu est instauré et personne n’ose véritablement s’aventurer dans les rues à la nuit tombée. La relative correction des soldats ennemis va rapidement se transformer en une farouche paranoïa dés lors que la préfecture tombe aux mains des alliés le 21 août 1944, les Allemands se sentant menacés deviennent agressifs et méfiants.

 » La bataille était apocalyptique, les tirs de mortier fusaient de toutes part, les alliés tiraient de ST LOUP et de ST MARCEL, les Allemands ripostaient d’une batterie située sur le promontoire du tunnel, ainsi que de la batterie située au château de L’ETOILE  » La légende dit d’ailleurs que le bunker de cette batterie allemande se trouve toujours dans le vide sanitaire du collège Vallon de Toulouse. LOUIS NEVANO rajoute  » Nous n’osions plus sortir de chez nous, la confusion et la crainte étaient grande ! « 

La population assiste quant à elle fiévreusement à la bataille qui s’engage et ce parfois au mépris du danger. Certains, plus zélés aident les Tabors dans leur prise du tunnel. La situation de l’ennemi ne tarde pas à être désespérée, une batterie allemande résiste encore, des civils tentent de négocier une reddition avec le capitaine allemand, celui ci refuse et l’assaut est donné. Après un bref combat, au cours duquel le chef ennemi est abattu, la batterie tombe entre les mains des français.

Les derniers allemands se réfugient dans le tunnel, mais le celui-ci a souffert des attaques alliées, l’eau et l’oxygène viennent à manquer; les troupes françaises le savent et temporisent. Enfin, devant le critique de la situation les Allemands se rendent rapidement : 3 colonels, 7 officiers et 1156 soldats s’extirpent alors du tunnel pour déposer les armes au pied du capitaine français responsable de l’assaut.

L ‘impressionnante cohorte ennemie humiliée et harassée par les combats descend alors de la colline et arrive dans le village sous les huées des habitants de ST TRONC. En tête, les officiers tentent de garder leur dignité, suivent les soldats dont certains ont à peine 18 ans.
Des tonnes d’armes et de munitions allemandes seront par la suite regroupées dans l’école. On ose à peine imaginer l’usage qu’ils en auraient pu en faire.
A 20 heures de ce 24 août 1944 la victoire alliée est totale et St Tronc est libéré du joug allemand.

Remy Alacchi – 1998
Tous droits réservés

Le soldat S : Bunker Saint Tronc – Aout 1944

Le soldat S : Bunker Saint Tronc – Aout 1944

D’après l’interview d’un soldat Allemand ayant combattu en 1944 dans nos collines ( affecté à la télémétrie du bunker de Saint Tronc )

Par Remy Alacchi – 2003 – @ Tous droits réservés

Partie 1

Le soldat S mai 2004, lors de notre rencontre devant le bunker

Partie 1 Prologue :

Apprenant je ne sais comment mon intérêt pour l’histoire, un mystérieux personnage me contacte en avril 2004. Il se présente au téléphone comme un soldat Allemand ayant combattu en Août 1944 dans les collines de Saint Tronc. Il me propose de me narrer la façon dont il a vécu la « bataille de Saint Tronc » Faisons un rapide rappel historique : En 1944, la France subit le joug militaire Allemand depuis 1940. La débâcle a conduit le gouvernement Français à se replier à Vichy.

Le maréchal Pétain et le président du Conseil, le président Laval ont mis en place un gouvernement totalement soumis aux exigences de Berlin. L’armée Allemande entre en zone libre en 1942 pour pallier aux risques de l’installation de bases alliées en Méditerranée (Tunisie, Sicile) ils occupent ensuite Marseille et font régner sur la ville leur dictat. Les troupes allemandes arrivent donc dans le village Saint Tronc et des Trois Ponts le 12 Novembre 1942, ils investissent tous les lieux susceptibles de leur fournir un maximum de confort à moindre frais. C’est ainsi qu’ils réquisitionnent le « château des Roches » (Castelroc Haut), les bastides de la Germaine, du Val des Pins (JB Fouque) Canto – perdrix (face à château St loup ) Parallèlement les Allemands démarrent le creusement du tunnel des Roches, véritable ligne Maginot qui fend la colline de Sainte-Croix de part en part entre St Tronc et les 3 Ponts et dont le mérite revient au STO (service du travail obligatoire ) que les Allemands ont réquisitionné pour l’occasion. Pourquoi les Allemands investissent ce lieu,apparemment sans aucun ressort stratégique ? A cela trois explications. Le quartier est à l’époque essentiellement agricole, les laitiers et les paysans y sont nombreux. <BR>Les Allemands trouvent donc sur place toutes les denrées nécessaires. Par ailleurs, les bastides y sont nombreuses et les officiers peuvent s’installer confortablement. Enfin, les collines de Saint Tronc présentent un double avantage : Elles permettent de surveiller la rade de Marseille à l’Ouest et la route Nationale allant vers Aubagne à l’Est. En 1942, les Allemands craignait déjà un débarquement allié. Du fait de son aspect escarpé, les collines de Saint Tronc permettent donc de voir arriver de loin d’éventuels ennemis. Ce n’est donc pas pour rien si l’envahisseur entame la construction d’un tunnel -abri dans les collines .Pendant l’occupation le tunnel abri renfermait un véritable arsenal, 800 soldats allemands y étaient parqués et vivaient en autarcie dans cette ville souterraine qui fabriquaient elle – même son électricité, avait sa salle d’opération chirurgicale, ses salles de repos, de réunions, ses douches, ses chambres à coucher et ses kilomètres de galeries sur 3 niveaux. Rapidement, les Allemands établissent leur quartier général dans le quartier. Le château des Roches (Castelroc) servant même de point de résidence aux officiers. C’est dans ce contexte que le quartier Saint Tronc va vivre des événements décisifs à l’avancée du Général de Montsabert . Voici donc le compte -rendu de ce soldat Allemand que nous appellerons le Soldat S. il nous décrit point par point « la bataille de Saint Tronc » Du 20 au 24. Août 1944 autour du Bunker Von. Hanstein (Le tunnel de Saint Tronc porte le nom de l’officier qui en a le commandement) situé sur le terrain de la propriété « les Roches dans le périmètre de St. Tronc .

Soir du 20 Août 1944

Basé à Aubagne, le soldat S. reçoit l’ordre de rejoindre les restes de la 3ème Compagnie d’Infanterie Ersatz Bataillon 641″ alors sous Ie commandement de deux officiers de la Wehrmacht. – Oblt. Ruschig et Oblt Stock. Ces deux officiers ont sous leur responsabilité deux batteries (3 canons 105 m/m ) L’une située Avenue Pierre-Doize et l’autre Traverse des Prud’hommes. Les Batteries tirées par des chevaux rejoignent leur cantonnement avec les 28 hommes se reposent dans un ravin au fond de la propriété des Roches (actuellement Castelroc Bas) Matin du 21 Août 1944. Le soldat S. passe la nuit près du Château, au matin, il constate que la batterie a quitté son cantonnement et la propriété est vide. Un courrier guide alors les 28 hommes vers trois maisonnettes situées prés de l’actuel église Arménienne de la Rue Escalon (le long de la rue Pierre-Doize – face au Lycée Jean Perrin.) Le groupe reçoit l’ordre d’assurer la protection de la batterie de l’Artillerie en position dans un terrain vague situé à proximité et de la réapprovisionner en munition et grenades. Vers 9 heures du matin, la batterie ouvre le feu en direction de la Ville d’Aubagne. Les canons vont pilonner des positions alliées jusqu’a midi. La résistance des civils va à présent jouer un rôle déterminant. La population sait que les forces Françaises approchent et progressent sur la route d’Aubagne. Cela conduit certains à entamer une guérilla qui, peu à peu, va miner les troupes Allemandes encore présentes dans le quartier. Des civils ont attaqué un convoi de ravitaillement Rue Escalon, Traverse Chevalier et rue Achadian.Les Allemands réagissent et envoient deux groupes d’intervention; ils se rendent en moto dans les rues étroites et le convoi est retrouvé après une courte fusillade (sans victimes) La charrette prise à partie est retrouvée, les civils arrêtés puis relâchés après avoir été sévèrement sermonnés par l’officier Allemand Oblt Stock. Le reste de la journée est calme. Le soldat S. entend sonner les cloches d’une église au loin mais aucune nouvelles de la progression des alliés. La population semble en outre rester tranquille. Journée du 22 Août 1944 Le groupe de 28 hommes auquel appartient le soldat S reçoit l’ordre de se rendre dans la propriété – Les Roches ( Castelroc )- ou se trouve le QG du Général Boje commandant de la Garnison Allemande de Marseille. A proximité, se trouve le le Bunker V. Hanstein. Le tunnel de Saint Tronc L’ouvrage fait partie des défenses fortifiées de Marseille et sert aussi de QG au Colonel v Hanstein. Commandant de Forteresse de Marseille. Initialement prévu pour être un observatoire, le tunnel a été construit dés l’automne 1942 par l’organisation Todt, il est devenu peu à peu un poste de commandement. Le soldat S m’explique « L’ouvrage traversait la colline de part en part. Au rez -de- chaussée se trouvait le poste de commandement, en étages, les salles de cantonnement pour les officiers et les hommes de troupes. Un central téléphonique assurait les liaisons radio. un câble de raccordement partait de la forteresse jusqu’à la poste Colbert. Il y avait une salle de radio, une infirmerie, des sanitaires et sur le sommet une plate-forme avec un poste de télémétrie. » Mr S me précise que la construction du tunnel a commencé le 8 décembre 1942. Les travaux ont été orchestrés par le bataillon du génie de la 335ème Division d’infanterie, elle même sous le commandement du Lieutenant Colonel Otto Schall. Les travaux se sont achevés en Avril 1943; 518 ouvriers du STO ont participé au creusement,

Par manque de matériel, certaines installations n’ont pas été terminées. (Adduction d’eau par exemple). Le tunnel avait donc été pensé comme un ouvrage d’observation. A aucun moment, les architectes qui ont conçu ce « monstre de béton » ne l’ont voulu comme un bunker défensif. Cette sous-estimation des capacités réactives des alliés allait précipiter la défaite des troupes Allemande basées à Marseille. Cet ouvrage s’inscrivait dans le schéma directeur des défenses de Marseille. Les Allemands craignaient que la coalition alliée tente de débarquer sur les plages. D’où les fortifications des plages, les murs anti-chars, les bunkers armés de mitrailleuses lourdes et les barbelés tout au long du littoral. (Certains bunkers sont d’ailleurs encore visibles au parc Borely. Le tunnel de Saint Tronc servait donc de garnison pour les soldats. Peu confortable, les officiers lui préféraient le château de Castelroc dans lequel ils pouvaient bénéficier de tout le confort. La stratégie Allemande : Le 18 Août 1943, Le Général Schafer, commandant de la 244ème division d’infanterie reçoit l’ordre d abandonner ses positions pour rejoindre Marseille. La consigne de ses supérieurs est claire  » Défendre les positions allemandes à Marseille jusqu’au dernier homme  » Le Général Schafer prend donc la direction de toutes les forces Allemande en action sur la côte et à Marseille. En 1943, la menace d’un débarquement n’est pas encore avérée et le joug de l’occupant s’intensifie néanmoins (notamment avec la destruction du quartier du Panier) Marseille souffre et les Allemands font régner la terreur sur la ville. Précisons pour le plus jeunes que jamais les Allemands n’auraient pu imposer si facilement leur dictât sans l’aide zélée des miliciens Français. Certains d’entre-vous se souviennent peut-être encore du siège de la Gestapo installé sur la rue Paradis où la torture et les exécutions sommaires des résistants créaient de véritables traumatismes auprès de la population. Devant le possible sursaut Français, les troupes Allemandes basées à Marseille pallient à toute éventualités. Marseille est alors divisé en deux zones. au Nord, le Général Von Hainstein dont le QG est situé à St Gabriel. Au sud le Général Boje dont le QG est situé dans le château Castelroc. Malgré leur réorganisation, les troupes Allemandes ne disposent pas d’un effectif suffisant. La stratégie Allemande consiste donc à concentrer le plus de troupes possibles sur des endroits stratégiques. Saint Tronc, du fait de sa proximité avec la route Nationale d’Aubagne Allemandes donc un afflux important de garnison. La bataille qui va se dérouler en Août 1944 dans ses collines sera décisive pour la libération de Marseille, car certaines poches de résistance Allemande retarde l’avancée du Général de Monsabert et de ses Goumiers.

PARTE 2

BATAILLE DE SAINT TRONC VUE PAR UN SOLDAT ALLEMAND Partie 2

Le soldat S : Soldat Allemand affecté à la télémétrie du bunker de Saint Tronc

Après le retrait de la chute d’ Aubagne, les restes décimés du régiment Westphall et de l’artillerie refluent vers la propriété « Les Roches » (château Castelroc) qui sert de point de ralliement aux troupes allemandes en perdition. Le groupe du Soldat S. a rejoint le château de la Roche vers midi. A proximité de l’entrée Est de la propriété (chemin qui mène des Trois ponts à Castelroc) se trouve une position de défense. Des hommes cachés derrière un remblai montent la garde. L’artillerie lourde agit psychologiquement et dissuade toutes tentatives de prise du tunnel (Panzer Faust) armes anti-chars, canons portatifs antichars, mitrailleuses. Placés en promontoire au-dessus de la Becotte, leur mission consiste à dissuader toute avancée des FFI et de population vers l’entrée du tunnel. Sur le terrain en contrebas du château Castelroc (extrémité de la traverse Chevalier) un millier d’hommes campent dans des baraquements. Les soldats allemands puisent dans l’eau du canal pour se laver mais n’ont pas d’eau courante. Les conditions de vie sont précaires et le ravitaillement ne se fait plus. Néanmoins les soldats sont sur le qui-vive et deux camions gazogènes armés de canons légers de DCA sont prêts à intervenir au cas où. Deux postes radio de marques Dora sont encore en liaison avec le QG du régiment Col ; Westphall situé dans le château de Saint Marcel.

Le soldat S raconte : 23 Août 1944 10h du matin

« Sur les bords du canal, nous avons découvert un amas de ravitaillement,

pain de régime, conserves de toutes sortes et des caisses de cigarettes. Un peu plus loin, nous trouvons des caisses de grenades et d’obus. On nous a attribué un emplacement près d’un terrassement aménagé en abri (vers l’actuelle

chaufferie de Castelroc Haut) Nous avons une vue imprenable sur la rade de Marseille. nous avons reçu l’ordre d’attendre, nous attendons. Vers la fin de l’après midi, le rassemblement est sonné, nous sommes placés sur un camion chargé de ravitaillement et de munitions. Un camion gazogène armé d’un canon de DCA 20mm et un camion tracteur semi-chenillés. Notre mission consiste à desserrer l’encerclement du château de Saint Marcel. Le premier trajet se passe dans le calme mais sur la place de Pont de Vivaux, nous essuyons des tirs provenant d’un immeuble, nos salves de DCA les font cesser. La place est décorée avec des guirlandes tricolores car l’avancée des alliés donne légitimement espoir à la population. Notre convoi continue sa progression en direction de Saint Marcel. Arrivé à la hauteur de l’impasse Maggio, le convoi est stoppé par des tirs nourris venant d’en face. Le premier camion est mis hors d’état puis on entend soudain une voix qui hurle en Allemand « Nicht schissen » (Ne tirez -pas !) Soudain, sortant de nulle part déboule un cabriolet de marque Rozengart occupé par trois jeunes gens. Le trio est armé, pris de panique, il ouvre le feu. Le jeune appelé à ma gauche perd l’équilibre et tombe sous les chenilles. Pendant ce temps, la voiture de FFI fait une embardée et s’écrase contre un platane. Au même moment, un bruit de balles strident siffle au-dessus de nos têtes, nous sommes attaqués par des civils en armes. Abrités derrière les platanes du Boulevard de Pont de Vivaux. Nous sommes pris dans une embuscade. Affolé, le canonnier de notre camion enclenche sa mitrailleuse en direction de nos agresseurs. Nous sommes sur le point de rendre les armes quand soudain un groupe de 300 marins allemands à pieds s’interposent avec virulence, les civils sont violemment pris à parti et subissent de lourdes pertes. Notre camion, pris en tenaille, essuie des salves de mitraille des deux cotés et je crois ma dernière heure arrivée. Par chance, aucune balle ne m’atteint, ce n’est pas le cas du canonnier qui est sévèrement blessé. Le commandant de notre convoi mesure la difficulté, les civils français surexcités prennent tous les risques, ils attaquent nos convois avec une telle détermination que notre mission devient trop périlleuse. Le commandant Ruschig donne l’ordre de retrait. Nous faisons demi-tour, de nombreux morts jonchent le chemin, nombreux ont été les civils tués dans cette altercation. Nous rentrons au bunker, horrifiés par la scène que nous venons de vivre. 24 Août 1944 : Posté en promontoire, j’assiste, du bunker, des tirs de canons qui frappent lourdement Notre Dame de la Garde et le pont transbordeur, il se passe quelque chose ! La tension monte dans nos troupes.

En fin d’après-midi, un vieux char Renault arrive à notre campement, il s’agit d’une patrouille provenant d’un bataillon de réserve, jusqu’alors posté au parc Borely. Que viennent il faire ici ? La peur a changé de camp, l’angoisse nous envahit chaque minute un peu plus. Nous sommes inquiets car le bruit sourd provenant du centre-ville s’intensifie, il ne s’agit plus d’intimidations, nous sommes pris pour cible par l’armada alliée. La bouche à feu d’un canon crache dans notre direction. Encore assez imprécis, les obus tombent à proximité du bunker et prés du château. Vers 14h, nous sommes fixés, nous apercevons du navire de guerre américain en rade de Marseille. De nouveaux tirs de roquettes pilonnent. De toutes part, les obus fusent, de ST LOUP de ST MARCEL Nous ne sommes malgré tout pas au bout de nos surprises. Sur le flan droit, les tabors marocains tentent de prendre d’assaut le château Castelroc, ils nous harcèlent sans répit. La population enragée vient se mêler à la bataille. Le bunker est à son tour attaqué. Un canon obusier défend nos positions mais la situation devient critique, nous ne parvenons plus à repousser l’offensive des alliés et ce malgré l’appoint d’une deuxième batterie située au château de L’ETOILE (emplacement actuel du collège Vallon de Toulouse) Le Colonel Boie tente de gagner du temps, il négocie une trêve pour que nous puissions évacuer nos morts et nos blessés. Vers 18h, la situation est complexe pour nos troupes, nous sommes cernés et l’étau se resserre inexorablement.

EPILOGUE Notre soldat S. l’ignore mais la situation est pour les Allemands encore plus désespérée qu’il n’y paraît. Tandis que le chaos s’installe dans leurs troupes, les alliés, eux progressent. En effet, sur le versant est de la colline, le capitaine de Ligniville aidé par le 11ème goums monte à l’assaut du bunker. Mais, celui-ci est vaillamment défendu par une batterie. Des civils se proposent pour parlementer, l’officier allemand qui commande la batterie refuse, le capitaine Borie décide alors une action. Quand les goums arrivent à portée du fusil, le commandant de la batterie, poussé par l’honneur ou le désespoir se dresse brusquement brandissant son revolver, il est abattu sur-le-champ. Après une brève résistance, les hommes de la batterie se rendent.

A 19h, la totalité de l’armada allemande est retranchée dans le bunker, entassée et confinée dans cet espace réduit la situation ne tarde pas à être désespérée. Un émissaire est envoyé dans le bunker pour négocier la reddition des troupes ennemies ; Cet homme qui monte seul au tunnel est un prêtre, il s’agit de l’abbé Crosia.

A 20h, le capitaine français Duparmeur rend compte à ses supérieurs que le Général allemand Boie, 3 colonels, 7 officiers et 1156 sous-officiers ou hommes de troupes ont rendu les armes. La situation de l’ennemi ne tarde pas à être désespérée, une batterie allemande résiste encore, des civils tentent de négocier une reddition avec le capitaine Allemand, celui-ci refuse et l’assaut st donné. Après un bref combat, au cours duquel le chef ennemi est abattu, la batterie tombe entre les mains des français.Les derniers allemands tombent alors entre les mains des Français responsable de l’assaut Nous essuyons des tirs provenant d’un immeuble. « Nous sommes sur le point de rendre les armes »

Par Rémy Alacchi – 2004 – Tous droits réservés

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