LA LIBÉRATION DE SAINT TRONC 1

Par Remy Alacchi – @ Tous droits réservés – 1998

L’ARRIVÉE DES ALLEMANDS

Qui pourrait croire que notre paisible quartier de Saint TRONC a été pendant la guerre de 1939 – 45, le théâtre d’événements aussi dramatiques qu’extraordinaires. En effet les troupes allemandes arrivent dans le village le 12 novembre 1942, ils investissent tous les lieux susceptibles de leur fournir un maximum de confort à moindre frais. C’est ainsi qu’ils réquisitionnent le « château des Roches » (Castelroc Haut), les bastides de la « Germaine  » « Val des Pins » (JB Fouque) « Canto – perdrix ». Parallèlement les Allemands démarrent le creusement du tunnel des  » Roches « , véritable ligne Maginot qui fend la colline de Sainte-Croix de part en part entre St Tronc et les 3 Ponts et dont le mérite revient au STO (service du travail obligatoire) que les Allemands ont réquisitionné pour l’occasion.

Véritable prouesse technique, il est intéressant de comprendre comment les travaux se sont réalisés : tout d’abord des tirs de mine entaillaient le roc, les ouvriers plaçaient les déblais dans des wagonnets reliés à l’extérieur par une voie ferrée (le montant en fer qui servait de support à la poulie et qui permettait les allers et venues des wagonnets est toujours visible à l’entrée du tunnel) Les pierres et la terre ainsi retirées étaient par la suite jetée sur les bords du chemin qui relie Castelroc au 3 ponts. Cela pourrait expliquer le haut remblai que l’on pouvait encore apercevoir en contrebas du chemin il y a quelques années. Ces opérations terminées, les ouvriers cimentaient les murs du tunnel, aménageaient les pièces, tiraient les fils d’électricité et de chauffage ; on pouvait encore apercevoir toutes ces installations récemment en visitant le tunnel.

Pendant l’occupation le tunnel-abri renfermait un véritable arsenal, 800 soldats allemands y étaient parqués et vivaient en autarcie dans cette ville souterraine qui fabriquaient elle-même son électricité, avait sa salle d’opération chirurgicale, ses salles de repos, de réunions, ses douches, ses chambres à coucher et ses kilomètres de galeries sur 3 niveaux.

La tension monte dans le quartier, l’état major allemand réfugié dans le tunnel sait que les GOUMS DU VIème Tabor approchent et de nombreux bastions ont déjà été pris notamment à St Marcel. L’ambiance est délétère et les Allemands tirent à vue. Le docteur DUPEYRAC qui travaille dans son jardin (à la hauteur de l’actuelle poste) est « tiré comme un lapin » par des soldats allemands complètement affolés par l’avancée des alliés. Son locataire Aime Tambon part chercher du secours au bar de St Tronc, il y rejoint germain FAURE et décident tous deux d’aller chercher le docteur GLAYSE-RAMBAL qui loge à la bastide du PLANOL (actuelle entrée du club) ; ils seront à leur tour « tirés à vu » par les soldats allemands. Les deux malheureux sont ramenés au bar où leur dépouille est déposée en attendant que la situation se calme.

NOTONS QUE CES 3 HOMMES SONT MORTS POUR RIEN 3 JOURS AVANT LA LIBÉRATION DE ST TRONC, –
Une plaque honore d’ailleurs leur mémoire sur la façade du bar de ST TRONC –

LA LIBÉRATION DE SAINT TRONC

Le 24 août au matin, les Goums du VIeme Tabor foncent depuis St Loup à travers la colline, direction les 3 Ponts, mais les accidents du terrain empêchent l’émission des ondes radios, de plus l’ennemi freine l’avancée des Tabors, seule une unité parvient à passer, les deux autres se rabattent sur le col de la Gineste.
Parvenu aux 3 ponts vers 9 heures du matin, le 11° Goums se retrouve isolé ayant des ennemis devant, derrière et sur le flanc gauche. Heureusement les renforts de l’armée régulière arrivent à 10 heures, pendant ce temps des mortiers installés à St Loup pilonnent violemment les Allemands accrochés sur le flan ouest (au-dessus de la Becotte). LOUIS NEVANO qui a vécu les évènements en direct raconte :

Les Allemands avaient même creusé une galerie de 300 marches dans la roche pour accéder au sommet de la colline ; cela débouchait sur un promontoire qui présentait une vue à 380 degrés qui leur permettait de surveiller un éventuel débarquement des alliés par la mer (nous verrons plus loin à quel point ils se sont trompés). Une batterie DCA était placée sur le promontoire et interdisait tout accès vers l’entrée du tunnel en contrebas.

Malgré cette encombrante présence, la cohabitation des habitants de Saint Tronc avec l’occupant se fait bon gré mal gré et il n’est pas rare de croiser des soldats allemands allant s’enivrer au bar de St Tronc ; cela dit le couvre – feu est instauré et personne n’ose véritablement s’aventurer dans les rues à la nuit tombée. La relative correction des soldats ennemis va rapidement se transformer en une farouche paranoïa dés lors que la préfecture tombe aux mains des alliés le 21 août 1944, les Allemands se sentant menacés deviennent agressifs et méfiants.

 » La bataille était apocalyptique, les tirs de mortier fusaient de toutes part, les alliés tiraient de ST LOUP et de ST MARCEL, les Allemands ripostaient d’une batterie située sur le promontoire du tunnel, ainsi que de la batterie située au château de L’ETOILE  » La légende dit d’ailleurs que le bunker de cette batterie allemande se trouve toujours dans le vide sanitaire du collège Vallon de Toulouse. LOUIS NEVANO rajoute  » Nous n’osions plus sortir de chez nous, la confusion et la crainte étaient grande ! « 

La population assiste quant à elle fiévreusement à la bataille qui s’engage et ce parfois au mépris du danger. Certains, plus zélés aident les Tabors dans leur prise du tunnel. La situation de l’ennemi ne tarde pas à être désespérée, une batterie allemande résiste encore, des civils tentent de négocier une reddition avec le capitaine allemand, celui ci refuse et l’assaut est donné. Après un bref combat, au cours duquel le chef ennemi est abattu, la batterie tombe entre les mains des français.

Les derniers allemands se réfugient dans le tunnel, mais le celui-ci a souffert des attaques alliées, l’eau et l’oxygène viennent à manquer; les troupes françaises le savent et temporisent. Enfin, devant le critique de la situation les Allemands se rendent rapidement : 3 colonels, 7 officiers et 1156 soldats s’extirpent alors du tunnel pour déposer les armes au pied du capitaine français responsable de l’assaut.

L ‘impressionnante cohorte ennemie humiliée et harassée par les combats descend alors de la colline et arrive dans le village sous les huées des habitants de ST TRONC. En tête, les officiers tentent de garder leur dignité, suivent les soldats dont certains ont à peine 18 ans.
Des tonnes d’armes et de munitions allemandes seront par la suite regroupées dans l’école. On ose à peine imaginer l’usage qu’ils en auraient pu en faire.
A 20 heures de ce 24 août 1944 la victoire alliée est totale et St Tronc est libéré du joug allemand.

Remy Alacchi – 1998
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