LA PLACE DE SAINT TRONC

Par Rémy Alacchi Tous droits réservés

Au milieu du XIX ème siècle, la place de Saint-Tronc était l’ultime étape du promeneur. Deux traverses y conduisaient. L’une depuis Pont de Vivaux, l’autre depuis Sainte Marguerite. Leurs jonctions se faisaient sur la place de Saint-Tronc.

A la construction du château Bois Fleuri vers 1850, le chemin s’arrêtait donc devant la grille sur la place La propriété immense s’étendait jusqu’à la Germaine au nord et à l’ancien monastère a l’ouest ( Nous reviendrons prochainement sur l’histoire de ce monastère. Son existence n’est pas totalement attesté même s’il est certain que des religieuses ont possédé des terrains à Saint tronc depuis des temps très reculés )

En 1878, un promeneur arrivant à pied depuis Sainte Marguerite aurait pu facilement emprunter la petite traverse qui longeait la propriété Bois fleuri, cheminant sur un petit sentier de terre en ligne droite a travers les campagnes et les fermes..Il aurait pu aisément arpenter le chemin sablonneux jusqu’au bas du hameau, vers, l’ancien monastère

Mais nonobstant son aspect bucolique et champêtre, il est fort a parier, que pour déambuler, le promeneur solitaire se serait rapidement heurté aux grilles des propriétés privée et notamment pour atteindre la colline et le mont Sainte croix. .

Parvenu au bout du chemin, il aurait entamé son ascension vers le château des Roches. A l’ombre des platanes centenaires qui ponctuaient son parcours, il aurait pu considérer en chemin la difficulté de sa, démarche.

Sur l’éminence, ses élans auraient été stoppés net par la grille et le gardien du château des Roches . En effet que les promeneurs eussent emprunté ce passage. Il est évident que l’accès aux collines pour les pèlerins des processions, des chasseurs ou des ” buveurs d’air ” s’ouvrait depuis la place, sur la droite en direction du Val des pins ( Jardins de Flore )

La place marquait aussi le terminus pour le bus numéro 53 qui ralliait Castellane en 2h. Quelques maisons sur la place, les paysans, les laitiers du coin et quelques chasseurs en composaient la population.

Notez que la grille se trouvait l’époque à l’emplacement actuel de la petite porte d’accès de la résidence. Le boulevard Paul Claudel s’arretait sur la place de Saint Tronc et la grille de Bois Fleuri constituait le terminus du Bus 53

Autre point intéressant,observons la différence entre les deux photos du bas la portion de forêt en face de la propriété n’existe plus dèpuis les années 30, certainement vendue à des promoteurs,

Opération hasardeuse , il semblerait car après avoir été totalement défrichée dans les années 30, elle est restée très longtemps à l’abandon. Les anciens racontaient mêmes que les lieux servirent de décharge jusque dans les années 50

Nous allons y revenir

Sur cette photo rarissime du début du siècle l’on voit encore les les arbres des bois de Saint-Tronc qui jouxtent la propriété Bois Fleuri . L’on aperçoit les travaux de voirie en cours pour aplanir le sentier qui conduisait à la carrière Perasso

La bastide Bois fleuri

Elle fut construite dans la seconde moitié du XIX siècle par Eugène VELTEN, héritier de GODFRIED, Sénateur et fondateur des Brasseries de La Méditerranée et des Brasseries Phoenix, et lui-même administrateur de la Banque de France.

Au début du siècle, le domaine passa aux mains de Monsieur Emile VACCARO, qui céda la propriété en 1932 à la société de bienfaisance et de charité de Marseille qui y installa l’Oeuvre de l”enfance délaissée , avec pensionnat, maison de repos et dispensaire. tenue par les Soeurs de Saint Vincent de Paul.


La portion sud de bois Fleuri

Un détail apparemment anodin apparaît sur cette photo prise d’avion en 1926. L’ancienne forêt de Saint-Tronc réputée très dense est encore parfaitement visible sur l’emplacement de l’actuel joli village. Celle -ci arrive jusqu’en bordure de la propriété Bois fleuri.

Cet espace boisé aura quelques années plus tard complètement disparu. Cette parcelle défrichée ne fut jamais dévolu à l’agriculture et il demeura à l’abandon jusqu’à la construction de la résidence joli village dans les années 50.

Longtemps je m’étais posé la question du pourquoi cette parcelle avait été sacrifiée et pourquoi elle était inutilisée depuis les années 1930. Je pense aujourd’hui pouvoir formuler une hypothèse

Sur cette deuxième photo, la bastide Bois Fleuri est toujours présente mais la portion de forêt a été complètement rasée. Le quadrilatère figure déjà le futur lotissement joli village.

Cette portion semble avoir été réservée ou premptée au point que l’on puisse déjà distinguer le futur emplacement des villas.

Nous ne savons pas à qui appartenait la parcelle avant sa destruction mais nous pouvons envisager que celle-ci était privée puisque l’on aperçoit sur une photo une porte en bois qui en clôture l’accès. Une photo aérienne de 1926 nous montre que l’endroit était complètement boisé donc impossible d’y cultiver quoi que ce soit ( photo 1 )

Cette partie sud avait – elle appartenu au domaine ? Séparée de la propreté de Bois Fleuri par la traverse. Sur le plan cadastral nous permettra de répondre à cette question

Quoi qu’il en soit, cette parcelle encore totalement boisée demeura vierge et ce dans un environnement totalement agricole jusqu’à la fin des années 30.

Plusieurs photos aériennes disponibles atteste que ce terrain n’était ni cultivée ni bâti. Nous savons en outre, qu’il est resté à l’abandon pendant des années.

Un projet de lotissement ?

Récapitulons :

Hypothèse 1 Séparée du château et du parc pour les besoins de voirie, la partie sud ruinée demeura boisée

Hypothèse 2 : Un autre propriétaire à conserver en l’état le terrain avec les arbres et les pins et prenant soin dit de clôturer sa parcelle.

Dans les deux cas une chose est sûre, la parcelle change soudainement de vocation . Nouvellement défrichée , une photo aérienne des années 40 à test que le marquage au sol du quadrilatère prévu correspond exactement à l’emprise au sol de joli village

Pourtant entre les années de défrichement et la construction 20 ans s’écoulent. La parcelle reste à longtemps resta nue et mourut peu à peu faute d’entretien .

cette photo de 1948, on aperçoit l’emprise prévue au sol . Pourquoi un tel espace réservé ? Et quel était le projet initial qui avait dû être pensé depuis les années 30 et qui était à l’abandon depuis ?

A la même époque à Marseille plusieurs projets de ce type avait vu le jour : Lotissement Pierre Renard Saint-Pierre ou la cité jardins la Gardanne. Il n’est pas totalement exclu qu’un projet de type HBM ( habitations bon marché ) ait pu être envisagé à Saint Tronc . La proximité des hôpitaux de Sainte Marguerite, des fabriques de la Capelette ou de Pont-de-vivaux pouvait le justifier. Le projet ne se fit pas puisqu’il fallu attendre encore 25 ans pour que joli village sorte de terre et occupe enfin ce man’s Land improbable.

A suivre

Rémy Alacchi – Tous droits réservés

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