Histoire des bastides de Saint Tronc

Par Remy Alacchi – @ Tous droits réservés

Bastide l’Etoile – Vallon de Toulouse vers 1955

LES BASTIDES DE SAINT TRONC
L’expansion agricole de Saint Tronc

On ne peut comprendre l’évolution de Saint
Tronc, sans se pencher sur l’inestimable apport du canal de Marseille. Avant sa
construction en 1849, seule la vigne et l’olivier pouvaient surmonter l’aridité
du sol. Le canal permit une requalification du mode de culture.

Les paysans se mirent à la production maraîchère (arbres fruitiers, pâturage pour les vaches laitières) Cette mutation économique dopa le développement du village. Des ouvriers agricoles virent du centre ville proposer leur services, puis ce fut le tour des Italiens venus du Piémont, puis des Arméniens. Le village s’étendit vers la colline et de modestes bâtisses couvrirent le peu à peu le terroir .
L’apport de l’eau du canal ne fut pas qu’une bénédiction pour la population. de riches négociants, en quête de fraîcheur et de tranquillité venus du centre-ville, allaient rapidement occuper les lieux. Les propriétaires terriens en investissant dans des domaines agricoles employèrent les gens du village
(ouvriers agricoles, femme de ménage, jardinier, cocher, etc. …) Cette nouvelle sociologie bouleversa quelque peu l’équilibre social du village car riches et pauvres furent contraints de cohabiter. De façon générale, tout le monde profita de l’onction économique qu’apporta le canal. L’aspect actuel du village est
directement hérité de cette fin de XIX ème car les bastides encore nombreuses de nos jours datent de cette époque. Seules les campagnes attenantes aux bastides ont été morcelées dans les années 1960 pour la création de groupes d’immeubles.


Ces petits articles sont un hommage au remarquable travail de recherche historique d’Henry Luppi dont les travaux ont guidé mes recherches alors que tout jeune je cherchais les traces du passé de Saint Tronc.

Château des Roches 1953

Le château des Roches
Grande bastide au pied de la colline de sainte Croix, elle fut le bien de Monsieur LAGARDE et son épouse, née RIVOtRE, et déjà propriétaires de la « rue Français Mauriac, et qui léguèrent les deux propriétés à leurs nièce et neveu.

L’entrée de la bastide devait se situer sur l’emplacement actuel du parking de GIFi. Les platanes qui y menaient existent toujours.

La Résidence Castelroc a remplacé la bastide dans les années 1970

Bois Fleury
Elle fut construite dans la seconde moitié du XIX siècle par Eugène VELTEN, héritier de
GODFRIED, Sénateur et fondateur des Brasseries de La Méditerranée et des Brasseries
Phoenix, et lui-même administrateur de la Banque de France.

Celles-ci conservèrent la bastide et son parc luxuriant jusqu’en 1975. .De nos jours, seule la grille a résisté aux démolisseurs.

Au début du siècle, le domaine passa aux mains de Monsieur Emile VACCARO, qui céda la propriété en 1932 à la société de bienfaisance et de charité de Marseille qui y installa l’Oeuvre de l »enfance délaissée , avec pensionnat, maison de repos et dispensaire. tenue par les Soeurs de Saint Vincent de Paul.

Notez que la grille se trouvait l’époque à l’emplacement actuel de la petite porte d’accès de la résidence. Le boulevard Paul Claudel s’arretait sur la place de Saint Tronc et la grille de Bois Fleury constituait le terminus du Bus 53

Le parc de la résidence s’etendait jusqu’à la baside Piboulo au sud ( actuellement le club ) et au Nord jusqu’à la Germaine (inclus l’actuel Lycée Perrin ) à l’Est elle jouxtatit avec l’entrée de la Bastide des Roches ( à la hauteur de GIFI

LES MICOCOULIERS
C’est la famille CASTINEL, représentée par Casimir CASTINEL, négociant au 36 de la rue Curiol, qui possédait cette propriété de quatre carter~es (7 060 m2) dans les premières années du XIX siècle. Complantée de vignes, d’oliviers et d’arbres fruitiers, elle comprenait une maison de maître du siècle précédent avec son puits intarissable et un four domestique. On y jouissait comme dans les autres bastides de la plaine de Saint Tronc, d’une fort belle vue sur la mer au milieu de pinèdes parfumées idéales pour la chasse.
De nos jours quelques rares pins subsistent des anciennes « Pignades et les micocouliers désignent un groupe d’immeubles.

MAISON BLANCHE : D’aprés : Les bastides de Sainte Marguerite, joyaux du terroir Marseillais Henri Luppi , 1983, Comité du Vieux Marseille
Cette vaste bastide de 8 hectares était au tout début du XIX° siècle le bien de Mr Jean Baptiste Mouger.  » La maison comportait deux bâtiments dont la bastide niché au milieu du domaine complanté de vignes , oliviers et divers arbres fruitiers et feuillus. »
En 1821, son propriétaire s’en dessaisit au profit d’un fabriquant de cotonnades imprimées, Mr Michel François Duclos qui deviendra par la suite Marguillier et trésorier de l’église Sainte Marguerite. Il prêtera même un orgue à la paroisse. A sa mort, la bastide devient le bien de Mr Flotte-Montauban , officier de cavalerie qui la revendit dés 1840 à un fabriquant de savons , Gaspar Paban, lequel s’en dessaisit dés 1846 au profit de David Cohen de Léon, rentier et ancien armateur. C’est lui qui fit construire la bastide telle que nous la connaissons aujourd’hui et qui la nomma Maison Blanche.
Certaines sources difficilement vérifiables formulent l ‘hypothèse que Mr David Cohen de Léon fut le père adoptif d’un homme qui allait faire parler de lui pendant la guerre de 1914 -1918 et surtout à partir de 1940 le général Weygand.
Elle appartint ensuite au Sieur Edourad Meyer, négociant en métaux. Il la loua en 1894 à Mr Demetrius Caramano. Puis la bastide devint en 1906 le bien de Monsieur Emile Ferdinand Angst , négociant rue Mongrand, Vice Président du conseil d’administration de la CIE Nationale de navigation , ancien vice -consul du Brésil , consul de la fédération Helvétique. Mr Angst légua la bastide à son fils Georges qui la vendit à la ville en 1978. Un fonctionnaire de la municipalité l’occupa jusqu’en 1983 où la bastide devint Mairie du 9 éme et totalement ouverte au public

CAMPAGNEs DANS SAINT TRONC

CAMPAGNE LA ROSE
269, boulevard Paul Claudel (ex chemin de Saint Tronc).
C’est en 1869 qu’un sculpteur marbrier, P. Jules CANTINI en devint propriétaire. Celui-ci avait acquis une fortune considérable en peu de temps et en profita pour acquérir de nombreux immeubles.
Né le 2 février 1826, il sera fait Commandeur de l’Ordre de la Couronne d’Italie et membre de l’Académie de Marseille. Grand Prix de l’Exposition Universelle en 1889, il restera surtout connu pour avoir fait don en 1911, de la superbe fontaine de la Place Castellane (Fontaine Cantini).
Dans les années 1950, une laiterie tenue par Monsieur FAURE s’installa à La Rose, pour laisser la place à un ensemble immobilier dans les années 1960, le lotissement la Rose.

LA DE VILLEWELS
Bculevard Paul Claudel.
Cette bastide au beau « parc classique était en 1832 la propriété de Charles-Louis ROULET, qui a revendît en 1864 au sieur Jean-Jacques JARTOUX, lequel la léguera à sa fille Marie-Louise, é’ouse de Jacques de VILLEWELS, ingénieur.
Elle a été entièrement rasée et se situait avant les Micocouliers.

CAMPAGNE DU BON PASTEUR
Chemin du Vallon de Toulouse et boulevard Paul Claudel.
Belle propriété aux trois-quarts complantée de vignes et d’amandiers, elle était avant la révolution, le bien du parfumeur Jean-Alexandre RICORD. Elle a appartenu ensuite aux prêtres de la congrégation du Bon Pasteur, qui venaient y réfléchir et travailler leur foi.

Monsieur RIPERT, devenu supérieur du Petit séminaire, y vint en retraite avec ses élèves jusqu’en 1928.
Mutations suivantes Monsieur CLAMIIER la posséda à la fin du XIX siècle et la revendît à
Antoine BOUJAC, loueur de chevaux, qui la céda ensuite à un laitier, Emest BOETTO en 1913.

JOLI BOIS
55, chemin de Pont de Vivaux à Saint Tronc.Au sein d’une jolie pinède, fut la propriété de Monsieur Bernard SORVAER dans les années 1950, avant d’être lotie au début des années 1970.

LA MALGUE
118, rue François Mauriac
A pris le nom de l’ancien lieu-dit MALGUES à la révolution.
Elle était la résidence d’été du bijoutier MOURE au début du siècle. Passa à Monsieur VOGEL dans les années 1950. Lotie depuis.

LA PIBOULO
Rue François Mauriac ( le club )
Villa du Docteur Jules CHAPPLAJN et de son épouse. Le pêre du Docteur CHAPPLAIN était r.é cri 1819 à Marseille, docteur en médecine lui aussi, Directeur et Professeur de l’Ecole de Médecine, il reçut la Médaille d’Argent de la Ville pour son action pendant l’épidémie de choléra en 1850.
L’ingénieur R.Bouvain rachètera la propriété CHAPPLAIN.
Le lotissement « Le Club  » vint ensuite remplacer LA PIBOULO.

LE PLANOL
Rue François Mauriac.
Mas du médecin radiologue G. RAMIBAL et de la famille RUGNEN, dans les années 1930.

PREBOIS
Campagne du minotier STORIONE et de son épouse née CRAILLE. Passa au ColoneL ROUGIER dans les années 1950. Le lotissement Prébois à depuis remplacé la bastide.

LES THUYAS
Ancienne propriété JOURDAN THUMIN, louée au début du siècle par la famille GUIOL (Famille Chanoine GUIOL). On y voyait les ruines de la chapelle du couvent des Bénédictines qui se trouvait à Saint Tronc.

3 CAMPAGNE JOUXTANT SAINT TRONC

La Candole : ou Campagne Allione (Les Grands Pins)

D’après les recherches effectuées aux archives en 1988 par Henri Luppi, la bastide devait se situer sur la gauche en montant la dernière partie de la traverse Chevalier, à l’emplacement actuel de l résidence des Grands Pins. La campagne qui s’étendait 3 Hectares appartenait dfans les années 1950 au laitier J. Allione.
H Luppi nous dit que le domaine et sa bastide était détenue dans les années 1800-1825 par le Sieur Pierre Balthazar Chanet. La Candole se transmit ensuite aux héritiers. La Bastide fut finalement vendue en 1897 à leur voisin , Mr Joseph Rouvier. Celui-ci la vendit à son tour dans la première moitié du XX eme siècle et la bastide prit le nom de « campagne Allione « 

Campagne Hugues

Campagne Leydet ou Meistre (Traverse Chevalier)

Située à proximité de La Candole, cette Bastide fut détruite lors de la construction des Grands Pins. JB Luppi nous apprend que le propriétaire a été Mr Paul Siméon Jacques Meistre qui la légua ensuite à une de ses descendante en 1886 ; Elle fut par la suite vendu à au poète -Félibre Jean Monné ( poète en Provençal disciple d’ Alphonse Daudet ) Il taquina la Muse dans sa bastide dans laquelle il vécu jusqu’à sa mort en 1916.

Campagne Perasso : ( Traverse de Chante -Perdrix )

La Bastide appartenait à la Comtesse Filippi, veuve du Comte Filippi, avocat à la cour à la fin du XIX eme siècle.. Au même moment, La famille Perasso qui venait de créer leur entreprise dans les collines de Saint Tronc acheta la Bastide.

Campagne La Pintade ou Campagne Bourjac (Traverse la Pintade) jouxtant l’actuel plateau sportif en construction
Henri Luppi nous donne des explications sur l’étymologie de l’appellation de la campagne. et de sa Bastide. Pintade ou Pïntado signifie  » fraîchement repeinte  » Cette bastide été le bien de la famille Bourjac. Mme Veuve Boyrjac en hérita puis la transmit à son tour à Mme Confans dont la fille devint la femme du Vicomte De Chanay en 1908 ;

Canto-Perdrix

Campagne La Raffine – extrémité de la Traverse Chevalier (après le canal)
Les recherches d’Henri Luppi au sujet de cette bastide sont étonnantes. La bastide était située au lieu- dit  » viol de patat  » devenu ensuite la Traverse Chevalier. La bastide était située au lieu- dit  » viol de patat  » devenu ensuite la Traverse Chevalier. Cette bastide qui existe toujours fut le berceau et la demeure de l’abbé Jean -Jacques Cayol qui y naquit en 1812 et y mourut en 1869. Professeur de Philosophie au collège Catholique de Marseille, il est surtout l’auteur d’une monographie sur l’histoire du quartier Saint Loup.

Sources : « Saint Loup et ses bastides » et  » Les bastides de Sainte Marguerite »
Henri Luppi – Comité du Vieux Marseille
. 1983

Les bastides de Marguerite. Joyaux du terroir Marseillais, Henry Luppi ,Comité du Vieux Marseille, 1983