LE COUVENT DE SAINT TRONC

Par Remy Alacchi – @ Tous droits réservés . D’après un article d’Edgar Costa paru dans la Revue marseille en 1975

Le couvent de Saint Tronc, dans les années 1960, un bâtiment encore fonctionnel trônait au milieu d’une urbanisation naissante. Celui-ci abritait un berger dont les troupeaux de chèvres broutaient paisiblement sur le terrain en contrebas. La bâtisse a longtemps servi de remise aux paysans du quartier qui y stockaient matériels et récoltes.

Vestige du couvent – 1866 – j Cabasson


Cette bâtisse rectangulaire et de dimension modeste (25 m/6 mètres) se situait à l’entrée de l’actuel groupe d’immeuble Sainte Croix. Celle-ci n’a malheureusement guère résisté à la pression des promoteurs.
Pourquoi s’intéresser à ce vestige appartenant à un passé révolu. Avant sa démolition en 1974-75, l’édifice était dans un tel état de délabrement qu’il ne présentait aucun intérêt historique ou architectural. Pourtant, il y a un siècle, l’Abbé Cayol (l’historien de Saint Loup) s’était déjà penché sur le passé de cette maison d’apparence quelconque. A cela une raison : la légende locale prête à cette bâtisse un incroyable passé.
 Cet édifice a suscité bien des interrogations et nombres d’historiens ont tenté d’en percer le mystère.
Je vous propose aujourd’hui de remettre à la page un article paru dans la revue Marseille en 1975 dans lequel Edgar Costa évoque le souvenir d’un vestige vieux de Mille ans.
Nous savons grace aux cartulaires de Saint Victor CARVILLAN Au IX éme siècle de notre ère, CARVAILLANUS AGER » était une villa importante située dans une terre situé au-delà des rives de l’Huveaune. Cette villa, propriété des moines de Saint Victor fut offerte par un seigneur du nom de SIGOFREUS Ce nom CARVILLAN demeura dans l’inconscient collectif, il désignait selon Alfred (La banlieue de Marseille, 1878 Editions Jeanne Laffitte ), des terres incluants « le château Berger, la campagne Pastré, le lotissement Fémy. Les autres sections de CAVAILLAN s’étendaient sur la rive sud-est de l’HUVEAUNE, (De l’actuel Parc Dromel, à la Sauvagère et jusqu’à l’actuel Pont de VIVAUX)

Les vestiges du couvent -1975 (entre la résidence du Lycée et les Roches)

Le morcellement au fil des siècles des terres de Carvillan a donné naissance aux quartiers de Ste Marguerite et Saint Tronc. L’action des moines de Saint Victor a été prépondérante pour nos quartiers car ils ont rendus les terres cultivables. Ils ont permis de stabiliser les bords, jadis marécageux, de l’Huveaune. Le développement de Saint Loup et des quartiers voisins n’a été qu’à ce prix.
Mais revenons à notre propos, d’après Edgar Costa, les moines de  Saint Victor auraient choisi Saint Tronc en 810, pour fonder un couvent de religieuses. L’édifice et l’exploitation des terres attenantes fut dévolue aux sœurs Bénédictines (ordre de Saint Benoît). Prônant le dépouillement absolu pour se rapprocher du Divin, les soeurs n’en n’étaient pas moins soumises aux agitations et remous de leurs temps. Leur quiétude monacale réglée par le labeur et la prière fut terriblement menacée par les invasions de barbares particulièrement féroces. En ce IX siècle, les hordes de Sarrazins ont envahis l’Espagne et se répandent en Provence. La ville de Marseille toute entière est menacée et pour se protéger des envahisseurs, la population se réfugie sur la butte Saint-Laurent. Les Bénédictines isolées et sans défenses dans leur couvent n’étaient pas à l’abri de la vindicte de ces hordes dévastatrices.
Un matin, alors que les envahisseurs Maures  étaient annoncés dans les bois de Saint Tronc, les Soeurs prirent une décision aussi héroïque que désespérée. Misant sur l’effet de surprise, les sœurs se coupèrent le nez et se présentèrent ainsi mutilées à l’entrée du monastère. Effrayés par les visages horriblement défigurées des religieuses, les barbares passèrent leur chemin. Ainsi délivrées de l’oppression les  » Desnarrado » (Les femmes au nez coupé) purent continuer à vouer leur vie à Dieu.
L’on ne sait pas exactement lorsque les Soeurs ont quitté leurs terres de Saint Tronc. Encore une fois les cartulaires (archives) de Saint Victor nous éclairent plus avant. Une charte de l’an 1020 nous apprends que Guillaume II comte de Provence (1010-1037) entreprit des démarches pour que les moines de Saint Victor puissent récupérer l’usufruit de leur couvent de Saint tronc duquel ils avaient privés suite au déclin de la communauté des religieuses.
Au XVII siècle, huit cent ans après sa fondation, le couvent n’était plus habité par les Moniales et les moines de Saint Victor avaient perdu de leur autorité économique.  En 1645, le Seigneur Evêque de Marseille autorise la construction d’une Chapelle contiguë aux bâtiments du Monastère. Ce lieu de culte, ouvert au public avait son entrée sur l’actuelle rue Pierre Doize.  » La présence de cette chapelle à cette endroit explique l’appellation de la voie qui y menait (Traverse de la Vieille Chapelle – actuelle rue Verdillon). Les offices religieux furent célébrés dans cette chapelle jusqu’en 1789 par un aumônier local qui portait le titre de «  Seigneur de Saint Tronc ». La révolution ébranla sérieusement les privilèges des notables locaux, aristocrates ou ecclésiastiques (voir histoire de la bastide Les Marronniers à Saint Loup). Les biens de l’église ne furent pas épargnées par la rage populaire. La chapelle de Saint Tronc fit, comme bien d’autres lieux de cultes, les frais de ces soubresauts de l’histoire.
Des jeunes gens exaltés par la ferveur ambiante se réunirent en un cortége païen pour mettre à bas les symboles religieux. Ils se déchaînèrent sur la petite église qu’ils dépouillèrent totalement de ses ornements sacrés, ils démontèrent la cloche qu’ils firent déambuler fièrement jusqu’au village de Saint Loup